14 janvier 2018

Françoise Dorin n’aimait pas la gauche caviar…

« D’accord ! Le temps a reculé… Mais il est toujours là, à nous guetter, comme un gros chat sournois, au coin du premier bourrelet ou du premier essoufflement. Impossible de lui échapper », écrivait, en 2010, Françoise Dorin lors de la sortie de Vous avez quel âge ?, l’une de ses dernières pièces et jouée par Jean Piat, son compagnon à la ville depuis 1975. Ce 12 janvier 2018, le gros chat sournois a donc attrapé Françoise Dorin. Elle était d’une génération où l’on ne demandait pas son âge à une dame, alors contentons-nous de dire qu’elle était née en 1928. Comédienne, parolière, auteur dramatique, romancière : Françoise Dorin a été tout cela. Près d’une trentaine de romans, une vingtaine de pièces de théâtre et les paroles de chansons qui ont marqué leur époque, certaines inoubliables. Avouons qu’on en a « académisé » pour moins que ça, en France. Car, effectivement, Françoise Dorin n’était d’aucune académie.

Fille de chansonnier – un métier qui a pratiquement disparu avec les rémouleurs et les crémiers -, Françoise Dorin commença sa carrière sur les planches à la fin des années 50. Elle donna la réplique à Roger Hanin et Michel Piccoli, mais on la vit jouer des sketchs plus rigolos, notamment avec Jean Poiret, qui fut aussi son mari, usant de cette diction distinguée qui a disparu de la bouche de nos actrices d’aujourd’hui. « Je préfère un vison qu’on me jette à la face avec un œil méchant et un air dégoûté au paquet de bonbons que l’on m’offre avec grâce », déclamait-elle en 1957, époque terrible où la femme – c’est bien connu – était encore sous le joug de l’homme.

Et puis elle écrivit des chansons. Pour Aznavour – « Que c’est triste Venise » -, Guy Mardel, dont on a oublié le nom mais pas la chanson – « N’avoue jamais » -, Dalida – « La Danse de Zorba » -, Juliette Gréco – «  Une chanson comme on n’en fait plus » – et, plus près de nous, Céline Dion – « Et s’il n’en restait qu’une »…
Moins connue, la chanson que Jean Piat interpréta et qui ressemblait à leur couple :
« Mais nous, de sourire en clin d’œil,
Sans cœur battant, sans main qui tremble,
Nous mettons notre point d’orgueil
À faire bien l’humour ensemble… »

C’est au milieu des années 60 qu’elle se lance dans l’écriture de pièces de théâtre. Un théâtre que les beaux esprits qualifient, un peu méprisants, de « boulevard », pour ne pas dire bourgeois. Dans son Dictionnaire amoureux du théâtre, Christophe Barbier souligne en effet que, du milieu des années 60 à celui des années 90, Françoise Dorin avait pour public la bourgeoisie de droite. Selon le journaliste à l’écharpe rouge, elle creusait de façon joyeuse le « filon de l’inadaptation, notamment du mâle phallocrate, à la modernité ». Et c’est vrai, Françoise Dorin n’était pas de gauche. En 2006, elle déclare à France-Soir : « Je n’aime pas la gauche caviar, disons que je suis de la droite saucisson. » Alors, quelles pièces évoquer ? Difficile. Pour les nostalgiques de la fameuse émission de Pierre Sabbagh « Au théâtre ce soir », citons La Facture, mise en scène en 1968 par Jacques Charon et diffusée en 1976 à la télévision. La grande Jacqueline Maillan tenait le rôle d’une femme à qui tout souriait dans la vie et qui en avait un peu assez.

Et pour son œuvre romanesque ? Disons qu’elle collectionna les best-sellers comme d’autres les bides. Son roman Les Lits à une place, en 1981, se vendit tout de même à un million d’exemplaires… Et puisque l’égalité femmes/hommes est aujourd’hui « grande cause nationale », mentionnons son roman En avant toutes ! La rencontre d’un macho et d’une féministe…

Une phrase de circonstance, pour conclure, extraite de ce petit livre charmant et drôle, un peu misogyne, un peu misanthrope, à l’esprit si français, que Françoise Dorin écrivit avec Jean Piat en 2008, Quand les mouettes nous volent dans les plumes. Petit dialogue de plage : « On devrait mourir tous les jours, on n’aurait que des amis… »

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