« François Bluche a contribué à supprimer la légende noire collée à l’image du Roi-Soleil »

Le 28 juin dernier disparaissait l’historien François Bluche. Ce spécialiste de l’époque moderne était attaché à la liberté de la recherche et aux débats universitaires. Guillaume Bernard nous dresse son portrait au micro de Boulevard Voltaire.

La rubrique nécrologique du Figaro nous a appris que l’historien François Bluche était décédé le 28 juin dernier. Il était peu connu du grand public, mais il a fortement marqué le milieu des historiens français.

C’est tout à fait cela. Je ne suis peut-être pas la personne la mieux placée pour pouvoir parler de François Bluche, car je n’ai été ni un de ses élèves ni un de ses thésards. En revanche, j’ai beaucoup fréquenté son œuvre.
Je crois qu’il serait tout à fait malséant de ne pas lui rendre hommage, maintenant qu’il a quitté ce monde, et signifier qu’un grand historien de l’époque moderne nous a quittés.
Il a été spécialiste de l’époque moderne, c’est-à-dire du XVIe au XVIIe siècle. Il a fait une thèse sur la justice et sur les parlementaires au XVIIIe siècle. Il a ensuite été particulièrement connu grâce à ses travaux sur le despotisme éclairé et sur Louis XIV.
Il a, en particulier, contribué à supprimer la légende noire qu’un certain nombre d’auteurs du XIXe siècle, très républicains, ainsi que Voltaire au XVIIIe siècle, avaient collée à l’image du Roi-Soleil. Par conséquent, il avait fait preuve d’un courage et d’une loyauté intellectuels extrêmement remarquables et qu’il faut noter. Une petite notice nécrologique dans Le Figaro ne me paraît absolument pas suffisante. Il mérite qu’on s’attarde sur son œuvre.

Sa bibliographie est impressionnante. Il a été publié dans toutes les grandes maisons d’édition de Paris. Comment expliquer que les historiens sont assez peu connus du grand public ?

François Bluche a été ostracisé pour ses travaux sur Louis XIV, et en particulier pour ce qu’il disait de la révocation de l’édit de Nantes, car ses propos ne correspondaient pas à la doxa officielle.
C’est pourtant l’un des principaux spécialistes de Louis XIV. Il a rendu justice à Louis XIV en disant que l’édit de Nantes était une disposition vouée à disparaître, car il établissait une tolérance au sens ancien du terme, c’est-à-dire l’acceptation temporaire d’un mal dans le but d’éviter un plus grand mal.
Il faut noter qu’en écrivant cela, il rendait hommage à Louis XIV, alors que lui-même était protestant. C’est, évidemment, une attitude que certains gestapistes de la pensée ne lui ont certainement pas pardonnée.

Était-il très engagé politiquement ou n’était-il motivé que par l’Histoire et ce qu’il considérait être la vérité historique ?

Il n’utilisait pas ses compétences universitaires et scientifiques dans un but de manipulation politique. En revanche, il était très attaché à la liberté d’expression et de recherche, aux débats et aux libertés universitaires.
C’était un grand ami de Pierre Chaunu et, comme lui, il participait à toutes les aventures éditoriales qui permettaient d’analyser et de diffuser les œuvres qui avaient de la valeur scientifique et qui, malgré cela, étaient ignorées par les grands médias.
Par conséquent, je ne suis pas étonné qu’il ait soutenu le projet de développement de médias alternatifs ; mais, sans aucun doute, il l’a fait avec les exigences universitaire et scientifique qui l’ont toujours caractérisées.

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