Editoriaux - Société - 17 février 2019

France : société égalitaire ou abracadabrantesque ?

On a failli voir disparaître les « père » et « mère » des formulaires des écoles, quoique certaines municipalités, telle Paris, en font déjà usage officiel. Face à la polémique créée par cette incroyable innovation, et surtout son refus plus que prévisible par le très conservateur Sénat, une autre députée LREM aussi imaginative que la première – remarquez, deux femmes – et adepte du « nouveau monde » propose une autre formulation tout aussi extravagante, équation magique « permettant d’éviter une hiérarchisation des parents » !

Vous avez saisi ?

Car, en effet, qui ou quoi aurait décidé de désigner la numéro 1 et donc le numéro 2 ? Le sexe, surtout pas ; la carte de Sécu, encore moins, qui affecte de manière ignominieuse un chiffre 2 au sexe féminin ; l’âge, pourquoi pas le numéro du département de naissance ou tout autre référence automatique ?

Cependant, même si je n’ai pas bien compris comment serait utilisée la nouvelle formule dans les faits, je constate que le mot « père » est en première ligne, ce qui est encore une forme involontaire et dommageable de discrimination positive pour l’ancien « sexe fort ». Je suggère à la députée Anne-Christine Lang, la promotrice inspirée, une expression symétrique mieux advenue « père-mère-mère-père ». Ou vice versa, si l’ordre alphabétique était respecté…

Une autre idée beaucoup plus moderniste semble avoir échappé aux parlementaires surchargé(e)s. Celle de masculiniser le mot « mère », pour faire le pendant à l’évolution sémantique forcenée de la féminisation des mots et professions !

En effet, après les cheffe, auteure, professeure, recteure, ingénieure, procureure, voire-même sapeuse-pompière, pourquoi ne pas promouvoir mèr, grand-mèr et, mieux encore, ces noms féminins qui désignent une activité traditionnellement masculine, tels sentinel, vigi ?

Pour les hommes pratiquant le métier de sage-femme, je donne ma langue au chat et laisse l’Académie française ronronner quelque années encore sur une désignation plus virile…

Cependant, dans le même temps que cette dilution sémantique veut abolir les us séculaires et machistes, constatons un paradoxe flagrant et récent au prétexte de l’égalité qu’il pervertit outrageusement.

Dans toutes les adresses à une foule, une assemblée, des citoyens, on entend invariablement « mesdames et messieurs » ou « chères concitoyennes, chers concitoyens » et, mieux encore, « Françaises, Français » ! N’est-ce pas, finalement, très désobligeant pour les émules des Chiennes de garde ?

Ne serait-il pas cohérent d’intervertir à chaque nouveau discours ? Ou alors, plus simplement, réglementer par alternance calendaire. L’Assemblée nationale devrait se saisir rapidement de ce sujet d’importance capitale !

Autre antinomie caractérisée : pourquoi les hommes politiques et autres personnages publics embrassent leurs collègues féminins lors des rencontres ? Cette courtoisie qui se veut chaleureuse a des relents de sexisme masculin atavique qui bouscule les nouveaux protocoles égalitaires.

Pire que des incohérences, ces constats illustrent, hélas, un véritable oxymore sociétal.

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