La France, candidate à tout, n’a pas 100 millions pour restaurer Notre-Dame !

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

La France vient de déposer son dossier de candidature pour la Coupe du monde de rugby en 2023. La mairie de Paris a, certes, refusé que le Parc des Princes reçoive les compétitions parce que le propriétaire qatarien du Paris Saint-Germain n’en veut pas, et ce que Qatari veut, hein, ça ne se refuse pas.

Pour information, la seule organisation de la Coupe du monde de rugby qui s’est déroulée chez nos voisins anglais en 2015 leur a coûté 411 millions d’euros.

Paris, nul ne l’ignore, est candidate aux Jeux olympiques de 2024 et, on le dit, en passe d’emporter la queue du Mickey.

Dans le dossier qu’elle a fourni au Comité olympique, la France se targuait de pouvoir organiser des Jeux à coût « réduit » : 6,2 milliards d’euros. Pipeau, comme chacun sait, aucun des pays organisateurs ces dernières décennies n’ayant respecté ses budgets : 10,9 milliards à Londres pour 4,2 annoncés, 37 à Sotchi pour 10,7 prévus, ou encore 36 à Pékin pour une prévision de 2,6 !

Sur les 6,2 milliards qu’elle prétend consacrer à l’organisation, la France doit au moins en trouver 3 : État, ville de Paris, région Île-de-France, mécènes… À vos poches, citoyens !

Jamais deux sans trois : la France est également candidate à l’Exposition universelle de 2025. « Le “village global”, installé au cœur de l’Île-de-France, accueillera entre 45 et 60 millions de visiteurs. Il sera le centre de l’Exposition universelle et sera relié aux grandes métropoles françaises », nous dit-on. Le coût ? Aucune idée. Quand on rêve, on ne compte pas.

Pourquoi est-ce que j’évoque tout cela ? Parce qu’il y a un monument du XIIe siècle, au cœur de Paris, qui, rongé par l’âge et la pollution, est en train de s’en aller en morceaux.

Un monument qui attire jusqu’à 50.000 visiteurs et pèlerins par jour aux grandes fêtes religieuses, et plus de 13 millions de visiteurs par an. Un édifice qui raconte à lui seul l’histoire de notre pays, là où furent célébrés tous les grands événements de la nation, où se sont déroulées les funérailles les plus solennelles ; là où, récemment encore, on a fait sonner le bourdon. C’était pour les morts du Bataclan, comme il avait sonné pour les morts de nos guerres passées.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, cette vieille dame qui nous toise de sa flèche, a fêté ses 850 ans en 2013. On lui a alors offert de nouvelles cloches, restauré le grand orgue. Il n’empêche qu’elle va mal : le chœur, les arcs-boutants de la nef, les vitraux, le portail du transept, le chemin de ronde, la sacristie s’en vont en morceaux. Une gargouille a perdu sa tête, tombée au sol, remplacée par un tube en PVC. L’eau s’infiltre sous la chape de plombe de la flèche et ronge la charpente de chêne – d’origine ! L’architecte des Bâtiments de France l’assure : la prochaine tempête fera s’écraser les vitraux dans la nef…

Combien faut-il pour sauver Notre-Dame, monument le plus visité de France, chef-d’œuvre classé au patrimoine de l’humanité ? 100 millions d’euros.

C’est-à-dire rien, une bagatelle dans l’océan des dépenses évoquées plus haut.

Alors, vers qui se tourne-t-on ? Vers les États-Unis, bien sûr. Comme d’habitude, comme toujours. Versailles, la Bibliothèque nationale de France (l’ancienne !), la cathédrale de Reims… combien de monuments sauvés par « les amis américains de la culture française » ? Combien de fondations, combien d’actions de mécénat pour replanter ici, remeubler là, restaurer une tapisserie, refaire un parquet… De Rockefeller à McDonald’s (eh oui !), nous n’avons cessé de quêter auprès de ces philanthropes amoureux de la France.

Alors, en désespoir de cause et puisqu’il paraît que « la comédie musicale Notre-Dame de Paris, de Luc Plamondon, jouée depuis 2000 à Las Vegas, a rendu Esmeralda et Quasimodo célèbres sur toute la côte Ouest », l’archevêque de Paris a lancé la collecte outre-Atlantique.

Et vous savez quoi ? J’ai honte de mon pays.

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