27 juin 2018

France-Argentine : à vaincre sans péril…

Il fallait voir la joie des joueurs argentins, hier soir, après le but victorieux de Rojo contre le Nigeria. Injuriée par la presse de son pays, éliminée jusqu’à la 86e minute de ce match décisif, l’Albiceleste s’en est tirée grâce à l’improbable inspiration du défenseur de Manchester United. Elle s’offre ainsi un ticket pour les 8e de finale, où l’attend l’équipe de France.

Depuis 2014 et sa défaite face à l’Allemagne, la bande de Messi a joué deux finales de Copa América, à chaque fois contre le Chili. Le hic, c’est qu’elle les a perdues, son génial numéro 10 prenant même sa retraite internationale avant de revenir sur sa décision et de qualifier, presque à lui seul, l’Argentine pour ce Mondial. Jorge Sampaoli, dont le look de chanteur de flamenco amateur qu’il arborait lors du match contre la Croatie nous hantera longtemps, a été nommé à la tête de la sélection en 2017. Ses tâtonnements tactiques exaspèrent ; il a essayé plus de cinquante joueurs. L’Argentine est arrivée en Russie sans la moindre certitude.

En vérité, les trois finales de l’Argentine en quatre ans relèvent du miracle. Elle dispose du meilleur joueur du monde, voire de l’histoire de ce sport. Et contrairement à ce que l’on peut entendre dans la bouche de ceux qui pensent que l’on peut scientifiquement prouver qu’un joueur est meilleur qu’un autre, Messi a bel et bien guidé cette génération argentine tout juste moyenne. Dans les buts, elle met habituellement Romero, qui aura passé l’essentiel de sa carrière sur le banc, et dont la blessure a profité à Caballero avec le bonheur que l’on sait. La défense ne rassure pas davantage, avec ces Mercado, Otamendi, Tagliafico, Rojo qui, s’ils jouent tous en Europe, ont la technique de chars d’assaut. Le pire, c’est le milieu, composé d’esthètes : Banega, plus inconstant que jamais, Lo Celso et ses 99 % de passes latérales réussies, et les Acuña, Pérez, Meza, Biglia qui font passer Nzonzi pour Zico. Dans un match de five où elle pourrait aligner tous ses attaquants – Agüero-Messi-Dybala-Higuain-Di Maria –, l’Argentine ferait peur. Mais à onze, cette équipe en est une banale, sans autre idée directrice que de donner le ballon à Messi et espérer un exploit de ce dernier. C’était d’ailleurs déjà grandement le cas en 2014. La différence, c’est le déclin de Mascherano, à l’agonie contre le Nigeria.

Combien de fois l’équipe d’Italie s’est-elle péniblement extirpée de sa poule ? L’Espagne n’a-t-elle pas perdu son premier match, en 2010 ? Comment les Bleus ont-ils démarré, en 2006 ? Il est bien vrai qu’« une autre compétition commence » avec les 8e de finale. À l’exception de la Croatie, aucune équipe n’a impressionné jusqu’à présent. Surtout pas l’équipe de France, auteur de trois matchs passables, première d’un groupe très facile. Comme l’a affirmé Raphaël Varane, exemplaire pour l’instant, l’équipe de France va devoir hausser son niveau de jeu. Hormis devant, l’équipe de France est très supérieure à celle d’Argentine. Les rodomontades de Sampaoli n’y changent rien. Jamais, dans son histoire, le foot français n’a pu regarder d’aussi haut la patrie de Riquelme et Zanetti. Il reste à l’Argentine – elle l’a encore montré hier – sa légendaire grinta ; à tout moment, Messi peut traverser la moitié du terrain et planter un but. Revenue d’entre les morts, l’Argentine sera gonflée à bloc, samedi. Au fond, pour lancer leur Mondial, les Bleus ne pouvaient pas rêver mieux que cet adversaire. À vaincre sans péril…

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