Editoriaux - Religion - Société - Sport - 13 mars 2018

Le football, cette religion

« Le foot sport mafieux », comme le dit si justement Marie Delarue ? Sans aucun doute. Sur ce sport règne le fric le plus indécent, l’insolence d’enfants gâtés dont on nous dit qu’ils ont du talent, la vulgarité la plus crasse. Et pourtant, le smicard qui peine à rassembler trois sous idolâtre ces bandes de voyous qui se moquent de lui comme de leur première Porsche.

En réalité, le problème du foot, c’est qu’il s’est substitué à la religion. Il « est » une religion. Il a ses idoles, ses rites et ses fidèles. C’est une religion polythéiste, dans laquelle chacun choisit le dieu qui lui convient le mieux, et en change à l’envi. C’est une religion relativiste, sans dogme et sans morale, qui n’appelle aucun combat de conscience. C’est une religion facile, qui apporte du plaisir à peu de frais.

Mais cette religion a ses prêcheurs et ses fondamentalistes. Ses prêcheurs, ce sont ces journalistes qui ne parlent que de ça, qui placent le foot au début de chaque journal télévisé, qui « refont le match » chaque soir, qui passent des heures à commenter, disséquer, disserter, analyser : de vrais théologiens ! Ces gens donnent au football une importance décisive. En l’érigeant au rang de quasi-science dont l’évocation quotidienne est essentielle à la vie en société, ils le rendent incontournable.

Il a ses fondamentalistes. Ses hordes de supporters prêts à payer une petite fortune pour assister à un match. Ses abrutis qui hurlent, non de dépit, mais de haine contre l’équipe adverse. Ses fanatiques qui insultent les joueurs lorsqu’ils n’obtiennent pas les résultats attendus, qui repeignent leurs voitures aux couleurs de leur équipe, dont les seules conversations, au pays de Marivaux et de Corneille, tournent autour de cet unique sujet.

Et il y a l’immense cohorte de fidèles. Certains sont très pratiquants. D’autres un peu tièdes. Quelques-uns, déçus, se sont éloignés. D’autres reviennent. Et puis il y a les convertis, dont le zèle fait honneur à leur nouvelle foi. Mais tous communient dans une même passion : le ballon.

Certains diront que le football remplit une fonction sociale : il apporte du rêve (lequel ?), soude une nation (entre PSG et OM ?), assure la paix sociale (entre bandes rivales ?). Qu’il est un des moyens éternels, pour les gouvernants, de détourner la violence et la contestation. L’éternel panem et circenses. L’idée n’est pas fausse, et le football a l’immense avantage d’éviter de parler des sujets de mécontentement, ou de les faire passer plus facilement dans la population anesthésiée. Mais l’explication est insuffisante. Cette vision sociale – et très bonapartiste – de la religion a quelque chose d’inaccompli.

En réalité, comme dans toute société qui rejette la religion de ses pères, une autre religion prend sa place. Ici, l’islam. Là, le football qui, très tolérant, se marie bien avec le précédent. Faute de Dieu, on se trouve des dieux. Alors, bien sûr, lorsque les dieux déçoivent, ils provoquent une telle rancœur qu’elle ne trouve à s’exprimer que par la violence et la haine. Parce que le football n’est pas un Dieu aimant et miséricordieux. Il est impitoyable et féroce. À l’image de ses adorateurs.

Ce ne sont pas les supporters qu’il faut rééduquer. C’est la société tout entière à qui il faut donner une vision plus haute, plus noble. Et ce n’est pas le football qui y changera grand-chose.

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