Editoriaux - Sport - Table - 28 février 2018

Foot : l’insupportable comédie de l’ostensible souffrance

Je n’ai, bien sûr, jamais été joueur professionnel de foot. Mais au collège à Montargis, durant plusieurs années, ce fut mon sport préféré.

Puis je suis devenu un remarquable sportif en chambre.

Quand j’ai l’occasion de pouvoir demeurer chez moi un dimanche, j’avoue sans honte que les trois matchs du championnat de France ne me font pas peur.

Aussi, je ne me sens pas moins légitime que tout autre amateur (au sens étymologique) pour donner mon point de vue sur les vices du football français.

Le phénomène que je veux dénoncer est cette habitude perverse de voir à chaque affrontement, à chaque charge, à chaque tacle, à chaque lutte épaule contre épaule, à la moindre proximité vigoureuse, n’importe quel joueur, français ou étranger, s’effondrer puis se tordre de douleur à terre, comme s’il était à l’article de la mort, alors que le spectateur ou le téléspectateur peuvent voir à l’œil nu que l’outrance, la comédie, le chiqué sont au rendez-vous. Puis chacun se relève, ayant ainsi obtenu un carton jaune au détriment de l’adversaire. Et tout recommencera.

Même quand personne n’y croit, on valide, on fait semblant, on ferme les yeux. Et on légitime l’insincérité. Parce qu’on n’ose pas douter de la réalité de ces ostensibles souffrances : ils ont forcément mal !

Michel Platini désirait, un jour, qu’on supprimât les tacles dans le foot. Ce ne sont pas les tacles qui sont à abolir mais leur exploitation choquante par des tricheurs.

Le dimanche 25, par exemple, dans les trois matchs, il était hallucinant de voir le peu de temps de jeu utile, tant l’essentiel se déroulait au sol. Le Clásico a battu le record des fautes. Le comble a été que, face à ces singeries indignes de la virilité sportive, jamais aucun carton pour simulation n’a été notifié alors que, clairement, le ballon avait été disputé et non pas l’homme qui avait été délibérément touché (« Canal Football Club », beIN SPORTS). J’en ai vu un tenu au bras s’écroulant comme s’il était à la dernière extrémité par je ne sais quelle étrange coordination. Il y a de l’abus. C’est de la fraude. On ne la supporterait pas ailleurs.

Le championnat de France aurait-il cette triste particularité de fabriquer un climat de fragilité et d’hypocrisie détestable qui affecterait chaque joueur et favoriserait une comédie feignant des chocs et des blessures graves alors que la réalité est, sinon anodine, du moins conforme à la virilité inhérente à ce jeu collectif ?

Le paradoxe est qu’après mille grimaces et douleurs prétendues, il arrive parfois qu’une véritable blessure soit causée. Ainsi Neymar, qu’on a le droit d’à peine charger sans qu’il tombe a, pourtant, après tant de chiqués mélodramatiques, été réellement victime d’un coup à la cuisse et j’espère qu’il sera rétabli le 6 mars. À force, on n’y croit plus et la comédie incessante fait oublier la vraie rudesse.

Il n’y a pas de raison que le championnat de France soit le seul à être gangrené par cette immense et lassante supercherie qui nous prive du jeu et constitue les joueurs comme des comédiens.

Le pire, heureusement, n’est pas toujours sûr et quelques joueurs ont tellement le sens de leur virilité et dignité qu’ils tiennent debout, ne s’affalent pas à la moindre secousse et ne grimacent pas à l’excès pour apitoyer et tromper l’arbitre. Un Cavani, un Mbappé, un Perrin, un Sala sont, notamment, des exemples sur ce plan.

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Tant qu’on ne considérera pas comme scandaleuse cette lassante représentation de la douleur fictive qui vient troubler la superbe représentation de l’authentique football, on ne réglera rien. L’arbitre, au début du match, devrait alerter les deux capitaines et s’en tenir à cette règle simple que toute simulation entraînera un avertissement puis une sanction.

Le football est trop passionnant, suscite trop de nostalgie chez moi pour que je m’accommode de tant de footballeurs rompant exprès son rythme, altérant son intensité et dissipant sa magie.

Kopa toujours à terre n’aurait plus été le Napoléon du football.

Extrait de : Justice au Singulier
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