Agriculture - Culture - Editoriaux - Politique - Table - 13 mars 2016

FNSEA : un 70e anniversaire au goût amer

C’est dans la nuit du 13 au 14 mars 1946 que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) organise son premier congrès à Paris. Elle élit son premier président, Eugène Forget, un agriculteur du Maine-et-Loire, arboriculteur de son état, et ancien syndic régional adjoint de la Corporation paysanne de son département. La veille 12 mars, le gouvernement de Félix Gouin a fait publier la loi sur le rétablissement de la liberté syndicale. Lors de ce premier congrès, Eugène Forget, alors âgé de 45 ans, fait voter le serment de l’unité paysanne afin que les plus de 2,5 millions d’agriculteurs encore en activité au sortir de la guerre puissent ne parler que d’une seule voix et peser sur les décisions gouvernementales. C’est ainsi que les Chambres d’agriculture s’engagent à ne pas donner d’avis aux pouvoirs publics sans avoir préalablement consulté les fédérations d’exploitants.

En ce mois de mars 1946, la France a faim, le pays peine à se reconstruire, une partie des terres est inculte, la sécurité alimentaire en termes d’approvisionnement n’est pas assurée. Les tickets de rationnement (pour le sucre, l’essence et le café) ne disparaissent qu’en décembre 1949. Ceux concernant le pain, alimentation de base à l’époque, n’ont plus cours depuis le 1er février de la même année.

Pour nourrir la France, la FNSEA soutient le plan Marshall, la mécanisation, l’intensification et la modernisation de l’agriculture avec ses inévitables conséquences : la spécialisation des exploitations, leur agrandissement, l’endettement.

Le « syndicat majoritaire », comme il aimera à se définir un peu plus tard, soutient également la mise en place de la politique agricole commune (PAC) en 1960 et les lois d’orientation agricoles (1960 et 1962) d’Edgar Pisani, ministre de l’Agriculture du général de Gaulle. Ces lois et la PAC privilégient les unités familiales et placent l’agriculture au même niveau que les autres secteurs en la valorisant et en rétablissant la parité économique. On assiste, alors, au formidable développement de la grande distribution, de l’agrofourniture et tous les organismes para-agricoles. Les rendements explosent dans tous les secteurs (céréales, lait, viande, légumes, etc.). Tant et si bien qu’il faut, devant les montagnes de produits agricoles, tenter de réguler la production. C’est, notamment, la mise en place des quotas laitiers (1984) qui attirent les foudres des paysans français. Ce sont ces mêmes paysans qui pleurent la fin de ce dispositif quelques années plus tard.

Qu’importent ces mesures. Le mal semble avoir déjà été fait. Car, moins de quarante ans après la fin de la guerre et la création de la FNSEA, il ne reste plus que 500.000 exploitations contre 2,5 millions en 1945. La part de l’emploi agricole est passée, en France, de 30 % en 1955 à moins de 4 % en 2015. Les jacqueries des dernières semaines ont montré que le système agro-européen a vécu. 70 ans après la création de la FNSEA, plusieurs questions se posent, sur lesquelles les experts sont très partagés. En voici quelques-unes parmi les plus importantes : la FNSEA est-elle seule responsable de la déliquescence de l’agriculture française ? N’a-t-elle pas, au contraire, tenté de sauvegarder l’essentiel ? Quelle est la part de la mondialisation dans cette reconversion de l’agriculture française ? Quelles missions et quel modèle futurs pour l’agriculture française et européenne ?

En tout cas, ce soixante-dixième anniversaire a un goût quelque peu amer. Il est l’occasion, pour les dirigeants de la FNSEA, de dresser un « auto-bilan », sinon une autocritique.

À lire aussi

19 février 1919 : attentat contre Clemenceau

Le Tigre remarque : "C’est une sensation qui me manquait. Je n’avais pas encore été assass…