Le FN n’est actuellement pas en état de gouverner

Etudiant en Histoire
 

Le 25e président de la République sera Emmanuel Macron. Il n’est plus permis d’en douter, après le calamiteux débat d’hier soir. Les chances de l’emporter, déjà minces, se sont évanouies pour Marine Le Pen, qui devra s’estimer heureuse si elle atteint 40 % des suffrages.

Amateurisme, peur de gagner ou volonté assumée de perdre ? La dernière hypothèse, si absurde et cynique soit-elle, n’est pas à négliger. Nous savons que Jean-Marie Le Pen souhaitait rester un tribun de la plèbe courant après le pouvoir sans jamais l’atteindre. Sa fille, quant à elle, veut le pouvoir, c’est indéniable. Mais peut-être le laisse-t-elle volontairement s’échapper de ses mains pour mieux le saisir plus tard… en 2022, par exemple.

Ce serait effectivement un choix sage. Car on ne peut pas dire que le FN est actuellement en état de gouverner. Sans ancrage local, rempli de cadres incompétents et condamnés, ce parti n’a pas encore achevé sa maturation. Obligée de composer une coalition, faute de majorité, Marine Le Pen n’aurait pas les mains libres et serait contrainte d’adoucir sensiblement sa feuille de route. Ses accomplissements se réduiraient ainsi à quelques mesurettes vite supprimées par son successeur.

Même en cas de majorité absolue, elle ne serait pas tirée d’affaire, face aux blocages de l’opposition et aux contestations susceptibles de se traduire en violences urbaines. La banalisation du FN est limitée : ses opposants ne sont guère disposés à se laisser gouverner par ce parti, même s’il suscitait l’adhésion d’une majorité de Français.

Car il ne suffit pas d’être au pouvoir pour gouverner. Les médias, l’administration, les grandes entreprises, les syndicats, les artistes et les lobbys constituent ce que l’on appelle la « société civile » ou, plus vulgairement, le Système : un État dans l’État, une machine si bien rodée qu’elle peut presque fonctionner seule, sans le pouvoir politique qui en est plus souvent vassal que suzerain.

Gagner maintenant serait perdre sur le long terme. Le nationalisme en sortirait discrédité pour trente ans. C’est 2022 qu’il faut viser, comme l’a suggéré Nigel Farage dans The Telegraph. Ce quinquennat doit plutôt être mis à profit pour s’ancrer au niveau local : conquérir villes, départements et régions, former un groupe parlementaire et recruter des cadres maîtrisant les sujets dont ils ont la charge, affûter le programme en adoptant une ligne idéologique claire. Ce, afin de donner aux Français l’image d’un mouvement sérieux, structuré et prêt à gouverner. C’est l’amateurisme et l’incompétence du FN qui effraient, plus que son passé « sulfureux ». La dédiabolisation doit laisser place à la présidentialisation.

Il nous faudra également « chevaucher le tigre », comme le préconisait Evola. Au lieu de conchier les médias, la haute fonction publique, l’intelligentsia et les syndicats, les patriotes feraient mieux d’y entrer et d’en devenir les fers de lance, afin de gagner ces milieux à nos idées pour que la « société civile » ne représente plus un obstacle en cas de victoire, mais soit au contraire le plus sûr allié. Plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens. Cela représente un travail de dix ans, voire plus. Mais, sans cela, sans cet effort collectif des patriotes, notre camp serait condamné à vaticiner éternellement sur un Grand Soir qui ne viendrait jamais.

POUR ALLER PLUS LOIN