11 avril 2018

F’murr, qui des alpages n’était pas que le Génie

Avec la disparition, à soixante-douze ans, de Richard Peyzaret – plus connu sous le nom de F’murr -, ce sont à la fois un poète doublé d’un dessinateur et une époque qui s’en vont. Époque ? Celle du journal Pilote, bien entendu, fondé en 1959 par l’immense René Goscinny et autres fantaisistes renommés.

On parle encore de « petits Mickeys » pour désigner cette bande dessinée qui n’est pas encore devenue neuvième art. C’est sans compter sur René Goscinny, le père d’Astérix, du Petit Nicolas, d’Iznogoud et aussi un peu celui de Lucky Luke, qui parvient alors au miracle consistant à tirer le genre vers un public plus adulte sans jamais rien perdre du charme de l’enfance.

Mieux, et ce, quelques années avant les chambardements de Mai 68 : il permet l’éclosion d’une nouvelle génération d’artistes. Le palmarès a de quoi donner le vertige : Philippe Druillet, Gotlib, Jean Giraud, alias Mœbius, Gébé, Jean-Claude Mézières, le créateur de Valérian, Fred, Cabu, Claire Brétécher, Mandryka, Guy Mouminoux, également célèbre sous le sobriquet de Dimitri, et accessoirement connu pour avoir été un ancien du Front de l’Est – côté vaincu, on précise. Sans oublier un certain Serge de Beketch, que l’on retrouvera plus tard à Minute, autre hebdomadaire où le rejoindra un autre transfuge de Pilote, le dessinateur Loro. Le très placide René Goscinny aura donc donné quelques gages éminents d’une tolérance politique, désormais difficilement imaginable.

Le F’murr qui nous occupe malheureusement aujourd’hui fait partie de cette joyeuse bande, dont certains membres ne voueront pas forcément une grande reconnaissance à leur mentor, lors du chambardement estudiantin. Ils lui reprochent son autoritarisme, ses costumes trois pièces, avant d’aller fonder des journaux beaucoup moins chouettes que Pilote, tels L’Écho des savanes et Fluide glacial. Comme quoi les gosses de riches ont toujours été des plaies ambulantes.

F’murr, donc, restera surtout dans les mémoires pour sa série du Génie des alpages, sorte de conte pataphysique où l’on croise les figures incongrues du berger Athanase Percevalve dialoguant avec le bélier Romuald et le chien – le Génie en question. Un régal à déguster, surtout pour les amateurs du Banquet de Platon. Enfin, presque.

Modestement, F’murr assurait ainsi : « Je cultive l’absurde et le loufoque par goût personnel. Moins le sens est évident, plus je suis content. Je me méfie de tout ce qui est cadré et présenté comme une vérité monolithique ; on ne peut approcher une vérité que par ce qui en déborde. » C’est sûr qu’expliqué de la sorte, tout devient limpide.

F’murr, un poète, tel que plus haut écrit, et une espèce en voie de disparition ? Quoique. En effet, pour les amateurs de logique absurde, d’humour au troisième degré et à quatre bandes, les dessinateurs Voutch et Jean s’illustrent à merveille dans une semblable veine, veine qu’on pourrait qualifier de « décalée » si le terme n’avait été autant galvaudé.

Après avoir longtemps épinglé les grands travers de notre petite époque, Voutch, avec T’es sûr qu’on est demain ?, fait donc dialoguer vers de vase et dalles de jardin. Sublime. Tandis que Jean, chaque semaine dans Le Point, pratique une drôlerie sans queue ni tête, mais pleine d’un esprit finalement pas si éloigné que ça du regretté F’murr, dont nous saluons évidemment la mémoire au passage.

Nul doute qu’il aurait adoré la chute de cet article.

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