Prisons

Fleury-Mérogis : à quand une véritable politique pénale et carcérale en France ?


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Sans doute la méthode n’y était-elle pas. En effet, bien que justifié, le spectacle que les agents de l’administration pénitentiaire ont offert ces derniers jours en bloquant, par la force, l’accès à la prison de Fleury-Mérogis a néanmoins donné une piètre image des services de l’État.

Quelques jours seulement après le départ spectaculaire de Philippe Galli, directeur de l’administration pénitentiaire nommé en septembre dernier par le gouvernement en place, c’est au tour des surveillants de la plus grande prison d’Europe, située à Fleury-Mérogis dans l’Essonne, de manifester. Si Philippe Galli est resté vague sur les raisons qui l’ont poussé à présenter sa démission au garde des Sceaux, des voix se sont élevées pour dire tout haut ce qu’apparemment il pensait tout bas. Ainsi, l’un des principaux griefs évoqués par celui qui fut, un temps, préfet de Seine-Saint-Denis résidait dans le fait qu’il n’avait plus l’appui de la Chancellerie, ni les moyens indispensables à la bonne conduite de sa mission au sein des prisons françaises.

C’est, en substance, ce que veulent également dire les agents qui ont protesté, à leur manière, contre la situation gravement dégradée qui prévaut aujourd’hui, en France, au sein du monde carcéral. Avec près de 69.500 personnes incarcérées au 1er mars dernier – soit un taux d’occupation moyen de 118,3 % -, c’est un nouveau record qui a été battu. Mais là ne s’arrêtent pas les problèmes évoqués par les organisations syndicales qui dénoncent, pêle-mêle, la dégradation des relations entre les surveillants et les détenus, le manque d’effectifs récurrent, la violence sans cesse plus présente au sein des établissements – c’est, d’ailleurs, l’agression récente de plusieurs fonctionnaires qui a mis le feu aux poudres -, un rajeunissement de la population pénale ainsi que la radicalisation de certains détenus qui font craindre le pire, pour l’avenir, aux professionnels des prisons.

En réalité, ces mouvements de protestation ne sont pas nouveaux. Depuis de nombreuses années déjà, les agents pénitentiaires, quel que soit le pouvoir en place, attirent régulièrement l’attention des autorités sur une situation qui, à force de ne pas être traitée, est devenue explosive. La situation du centre pénitentiaire de Fleury, où le taux d’occupation est de 180 % pour 4.200 détenus, et dont le nombre de postes vacants de surveillants est de 150, est donc emblématique de la crise que connaît le monde carcéral dans notre pays.

Cependant, réduire le problème à une question de places disponibles ou de personnel en nombre insuffisant serait une erreur. En effet, c’est dans l’absence d’une politique pénale cohérente, et dans une approche erratique de la sanction, que se situent les véritables difficultés. Ainsi, les gouvernements de droite et de gauche qui se sont succédé au cours de ces dernières décennies n’ont pas géré l’application des peines, mais plutôt les taux de remplissage de nos prisons. D’où ces mouvements incohérents, et parfois dramatiques pour cause de récidive, de détenus entrant ou sortant de prison au gré des capacités d’accueil. Le quinquennat passé aura été, dans ce domaine comme dans de nombreux autres, catastrophique. Pour améliorer une situation indigne de la France, c’est un vaste programme relatif à la politique carcérale et à l’application des peines qu’il conviendrait de mettre en place. Mais, à deux semaines de l’élection présidentielle, ce débat n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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