Impôts

Le fisc s’inquiète : mariages gay ou petits arrangements entre amis ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est un tracas que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, ou alors c’est qu’un drame vient de traverser leur vie – ce qu’on ne souhaite à personne. Ce tracas, c’est l’héritage.

Je parle, ici, de la transmission des biens familiaux, cette chose honnie des gouvernements de gauche qui nous voudraient tous à poil, logés en dortoir dans des appartements communautaires sous la surveillance attentive des gardiens de la morale qui distribueraient à chacun son modeste « revenu universel ». Des robots nous serviraient le rata du soir et surveilleraient chaque matin notre tension et notre taux de cholestérol, nos lectures sur tablette et toutes nos connexions. Un paradis socialiste à l’échelle planétaire. C’est leur rêve.

Le problème, c’est qu’on est tous égaux, mais certains plus que d’autres, comme ils disent. Et ces certains-là sont d’affreux propriétaires, une sale engeance qui prétend, en plus, transmettre un toit à ses enfants quand d’autres n’ont que les étoiles comme ciel de lit. Un scandale.

J’ai entendu, ces dernières semaines, maintes personnes affirmer haut et fort que le Président Macron avait « supprimé l’ISF ». C’est faux, mais quand un Mélenchon le claironne, aucun journaliste ne le reprend. Or, Macron a non seulement conservé l’ISF sur le patrimoine immobilier, mais il l’a, de plus, sévèrement augmenté. J’en connais, là encore, qui ricanent : c’est bien fait ! Salauds de riches ! Sauf que monsieur et madame Macheprot, Français moyens qui se sont endettés sur trente ans pour se loger dans Paris, Lyon, Bordeaux, etc., se retrouvent un beau jour, sans rien avoir changé à leur existence, à la tête d’un patrimoine immobilier censé faire d’eux des individus « fortunés ». Et se retrouvent assujettis à l’ISF, qui devient à la longue un impôt confiscatoire… Et non seulement ils banquent toute leur vie, mais quand ils s’en vont rejoindre le paradis des ancêtres, c’est encore l’État qui ramasse la mise.

Si monsieur et madame Macheprot n’ont pas de descendants directs, c’est pire encore. Même sans ISF. Vouloir transmettre son studio à l’ami de toujours ou à son filleul bien-aimé fait du légataire la proie du fisc, au point que beaucoup renoncent à ce cadeau empoisonné.

La France, on le sait, est la championne de l’impôt. Nos voisins européens sont, dans l’ensemble, moins gourmands – l’Irlande, notamment. C’est pourtant là qu’une histoire défraie en ce moment la chronique : deux amis – mais non amants – de trente ans viennent de se marier afin que le plus âgé puisse transmettre sa maison au plus jeune qui le soigne, cela en économisant 50.000 euros d’impôts.

« Âgé de 85 ans et célibataire sans famille, Matt Murphy souhaite que sa maison de Dublin aille à son ami de 58 ans, Michael O’Sullivan, après son décès », rapporte la presse. Cadeau qui coûterait donc 50.000 euros de droits de succession à l’heureux héritier, sauf qu’il n’a pas le premier sou pour payer. « Dans une situation financière difficile, il s’est retrouvé à la rue, devant dormir dans sa voiture alors que son ami à la santé déclinante et perdant la vue avait besoin d’une aide à domicile permanente. D’où cette idée : le plus jeune des deux amis s’occuperait au quotidien de son aîné sans être payé mais hériterait de sa maison à son décès », nous dit Le Figaro. Mais comment faire ? Leur avocat a une idée : « En cas de transmission entre deux époux, la note fiscale irlandaise serait nulle. » De plus, « rien dans la législation n’empêch(e) deux hommes ou femmes de se marier ensemble même s’ils sont hétérosexuels ».

C’est ainsi que, dans la très catholique Irlande, Matt et Michael ont convolé en justes noces, cela « avec la bénédiction de certains membres du clergé », paraît-il. Le fisc irlandais, qui voit la facture lui passer sous le nez, songerait à dénoncer « un mariage blanc », arguant que les deux hommes ne sont pas homosexuels. Encore va-t-il falloir le démontrer…

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