Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - Presse - Religion - Table - 10 février 2018

En finira-t-on un jour avec la reductio ad Hitlerum ?

L’expression est apparue pour la première fois en 1951 dans un article du philosophe juif allemand Leo Strauss exposant une tactique rhétorique : les protagonistes d’une discussion finissent, pour les dénigrer, par disqualifier les arguments avancés en les associant à Adolf Hitler.

Il y a quelques années, Michel Onfray avait fustigé cette attitude dans une vidéo aussi sarcastique que percutante.

Attitude intellectuelle remise au goût du jour lorsque Mike Godwin a énoncé sa loi en 1990 : « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1. »

On « légitimise » ainsi une véritable obsession du nazisme, omniprésente aujourd’hui dans le monde politique et médiatique.

Ainsi, le 7 janvier, l’AFP signale : « Un élu allemand emploie un vocabulaire proche des nazis sur les migrants. Il faut trouver “une solution définitive à la question migratoire”, a dit Manfred Weber. »

Traduisons : « solution définitive » doit être rapproché de « solution finale »… il fallait y penser !

Le 11 janvier, l’AFP titrait encore : « Le nouveau ministre autrichien de l’Intérieur Herbert Kickl (FPÖ, extrême droite) a suscité jeudi la polémique en proposant de cantonner les demandeurs d’asile de façon “concentrée” dans des centres dédiés, un terme interprété comme faisant écho aux camps de concentration nazis. Intervenant lors d’une conférence de presse à Vienne, M. Kickl a plaidé pour la création d’une “infrastructure adaptée qui permettra de cantonner de façon concentrée en un lieu ceux qui ont engagé une procédure de demande d’asile”. »

Traduisons : le terme « concentré » doit être banni du vocabulaire ! (Avertissement à Nestlé®, pour ses tubes de lait…)

Et moins le rapport est évident, plus les médiateux de service se donneront de mal pour y parvenir !

Le 31 janvier, France Info ouvrait son article à propos du sauvetage de l’alpiniste Élisabeth Revol dans l’ascension du Nanga Parbat en relatant que les Allemands, dans les années 30, s’attaquant à l’ascension de ce célèbre « 8000 », y perdirent dix alpinistes en deux expéditions infructueuses. Cela pour en arriver perfidement à dire : « Le IIIe Reich s’empare de l’histoire de ces alpinistes, célébrés comme des héros de l’impérialisme nazi. » Comme si le nazisme avait le moindre rapport avec cette nouvelle tragédie de la montagne, 80 ans plus tard !

Et la rien-pensance s’en mêle sur le thème « Ils voient des nazis partout ».

Le 1er février, Le Dauphiné libéré titre (sans rire) : « JO-2018 : des symboles nazis détectés sur la tenue des Norvégiens. »

Ce qui conduit Le Figaro, le 2 février, à déplorer une controverse sur les motifs des pulls de l’équipe olympique de ski norvégienne pour deux runes qui auraient été reprises par le Reich et réutilisées par des groupuscules scandinaves.

En fait, le régime nazi n’a pas utilisé le système runique scandinave ancien ou futhark de 24 runes. Mais une version moderne, remaniée à partir des runes saxonnes, proches mais nettement postérieures, associées à la métaphysique nordique prisée du Reich, dites « runes d’Armanen », développées vers 1908 par Guido von List, un occultiste païen, apôtre de la régénération d’une antique religion païenne du Nord : le « wotanisme ».
C’est à ces runes-là, et non pas aux runes scandinaves, que sont associées les symboliques nazies, notamment les insignes de certaines divisions SS.

Cessons de laisser voir des nazis partout : culture et vocabulaire n’y résisteraient pas ! Le casque d’Astérix sera-t-il banni car « rappelant » l’insigne des « Nibelungen » ?

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