Fillon éliminé, l’inévitable recomposition à droite peut commencer

Professeur d'Histoire
 

M. Fillon passe pour un discret dont les phrases semblent longuement pesées. Et pourtant, certaines de ses sentences se sont violemment retournées contre lui. On se souvient de son « Qui ose imaginer le général de Gaulle mis en examen ? » Sarkozy était visé, mais c’est lui qui fut touché. Et puis, plus ancienne, cette sortie de 2004, lors de la défaite de la droite Chirac-Raffarin aux régionales : « C’est un 21 avril à l’envers. » Non, le 21 avril à l’envers, c’est contre lui qu’il s’est produit à ce premier tour historique du 23 avril 2017.

Aujourd’hui, M. Fillon entre dans l’Histoire comme celui qui a causé le naufrage de son courant politique. En un sens, ce n’est que justice pour un homme entré en politique en 1981, qui a participé à tous les gouvernements de droite depuis 30 ans et qui fut le dernier Premier ministre de la droite pendant cinq ans. À sa décharge, ce n’était pas le pire d’entre eux, ni le moins lucide, ni forcément le plus responsable. MM. Juppé et Sarkozy et leurs jeunes pousses pourront, demain matin, afficher leurs grands airs de « responsabilité » et d’appel au « renouvellement ». M. Fillon a sombré le dernier, mais c’est toute une tradition des héritiers de Chirac qu’il emporte avec lui.

Car il arrive un moment où il faut qu’un homme et un nom assument une situation historique qui vient de loin, qui mûrissait – ou pourrissait – depuis trente ans.

Ce pourrissement, c’est celui de la double trahison des partis et des gouvernements de droite que la tardive prise de conscience de la ligne Fillon n’a pu surmonter. Trahison économique d’une part, car la droite au pouvoir n’a jamais fait la politique qu’elle aurait dû mener en direction des indépendants, des artisans, des PME, des ouvriers, des employés. On a attendu des années et rien n’est jamais venu. Au contraire, comme la gauche, elle ne jurait que par un libéralisme échevelé et destructeur au niveau des gros, par un étatisme asphyxiant pour les petits et un assistanat social qui plombait le pays. Trahison sécuritaire et identitaire d’autre part. La droite s’est montrée aussi laxiste que la gauche en ouvrant les vannes de l’immigration et en désarmant nos forces de l’ordre et nos armées.

Pour le peuple de droite, et le peuple en général, la coupe était pleine. Ce 23 avril, le peuple de droite a présenté l’addition à celui qui représentait ces errances et ces démissions. Il a aussi trouvé un autre leader, un autre courant qui porte cette double aspiration trahie. Désormais, à droite, plus rien ne pourra se faire sans Marine Le Pen et le courant qui la porte. Cette recomposition, que les dirigeants de la droite, coupés de leur base, n’ont jamais voulu engager, a commencé contre eux et va se poursuivre sans eux.

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