Présidentielle 2017

Fillon, candidat des catholiques ?

 

À la suite des manifs LMPT et de l’émergence de Sens commun, le vote catholique suscite l’intérêt des candidats à la présidentielle. La parole semble se libérer partiellement, on ose s’affirmer catholique décomplexé. Témoins François Fillon, qui se présente comme « gaulliste et chrétien » à TF1 début janvier, ou encore Marion Maréchal-Le Pen, invitée deux fois par l’évêque de Toulon aux universités d’été du diocèse.

Oh ! certes, la doctrine catholique sociale n’est pas à l’origine de l’intégralité des programmes du Front national et des Républicains. Mais une certaine inspiration se fait jour. La défense de la famille est clairement affirmée par Marine Le Pen plus que par aucun autre des candidats. Et François Fillon est présenté par l’hebdomadaire Famille chrétienne comme le candidat le plus en adéquation avec le vote catholique. D’après un sondage, il obtiendrait près de 71 % des voix des catholiques pratiquants en cas de second tour contre Marine Le Pen.

On notera que, si l’on retient l’ensemble des catholiques, il n’obtient plus que 63 %, soit à peu près ce que lui donnent les sondages basés sur l’ensemble des Français. Et l’hebdomadaire ne s’interroge pas sur une sous-catégorie des pratiquants qu’on appelle les messalisants – ceux qui vont à la messe tous les dimanches. Qui sait quel serait le score obtenu ? Les ouvertures d’un Philippe de Villiers auront-elles une suite ?

Oui, on ne sait quel serait le score obtenu, car il convient de noter combien le vote catholique pour le Front s’est développé « contre l’Église », pourrait-on dire. On sait les appels réitérés des clercs à l’approche des élections, qui cachent à peine une hostilité marquée au mouvement national. Celle-ci fut initiée par les cardinaux Decourtray (« Je dois dire tout simplement devant l’Évangile que je ne suis pas d’accord ») et Lustiger, qui y voyait une « résurgence du paganisme le plus cynique, et probablement le plus dangereux pour la conscience d’une nation ».

Cette hostilité ne s’est jamais démentie depuis, en dépit d’un succès très mitigé, et l’opposition obstinée et aveugle a encore largement cours. Dans ce contexte, que Marine Le Pen obtienne 40 % des voix au sein d’une population plutôt encline à écouter ses pasteurs est un très beau succès !

Il demeure que nous sommes inquiets, pour la France et pour l’Église, de certaines initiatives qui, çà et là, visent à capter encore davantage le vote en faveur de François Fillon. Les réseaux sociaux bruissent d’appels à prier pour le candidat LR (voir Infochretienne.com) ou de pages Facebook telles que « Chaîne de prière pour François Fillon ». Des veillées auraient été organisées dans certaines églises : « Offrons chaque jour : un rosaire, un chapelet, une neuvaine, assister à la messe, offrir une messe, un sacrifice, un jeûne…, pour la France et pour notre candidat, François Fillon. » Que, dans une chapelle, on puisse dire « notre candidat » ne manque pas de surprendre.

Doit-on y voir un fâcheux mélange des genres ? Le coup de la consigne de vote n’a pas lieu d’être au sein d’un peuple éduqué et démocratique, ni au sein d’une religion qui hérita du « Rendez à César »

Le vote est un acte individuel. Il serait bon qu’il le demeure. Et que les clercs ne se prêtent pas à ces initiatives : les communautés paroissiales pourraient s’en trouver grandement divisées. Et l’unité de l’Église n’a pas à être soumise à ce genre de pastorale qui traite les électeurs comme des irresponsables.

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