Editoriaux - Politique - Santé - Société - 29 novembre 2018

Fessons la fessée !

En ce jeudi 29 novembre, nos députés examinent à l’Assemblée un texte de la plus haute importance pour la santé publique : l’interdiction des châtiments corporels et psychologiques encore tolérés au nom du « droit de correction », hérité du Code civil de 1804. Merci Napoléon, mort à Sainte-Hélène, son fils Léon, etc.

En ligne de mire du législateur, donc, l’interdiction de la fessée. Synonymes à l’attention de monsieur Macron qui aime le beau parler : raclée, déculottée, fustigation, torchée, bastonnade, correction, rossée, branlée. Et aussi rouste.

Comme les mots, l’interdiction de la fessée est une vieille histoire. Voilà huit ans que la pédiatre Edwige Antier (alors député LR), relayée aujourd’hui par sa consœur Maud Petit (MoDem), réclame la fin de ce comportement archaïque. Car il l’est, même si le mot fessée et le fessier – de fesse, du latin vulgaire fissa qui signifie fente – n’apparaissent qu’au XVIe siècle. Voilà pour l’étymologie. Pour les gestes, ça remonte nettement plus loin. Sans doute à l’apparition d’Homo erectus qui, peu rompu à la position verticale, n’était pas encore très à l’aise avec le lancer de mandale. On suppose qu’il préférait le pied au fondement, un châtiment privilégié par les hominidés quadrupèdes.

La proposition du jour est donc d’ajouter un alinéa au Code civil stipulant : « Les titulaires de l’autorité parentale l’exercent sans violence. Ils ne doivent pas user à l’encontre de l’enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l’humiliation. »

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites… Précision : il n’y aura pas de sanctions. Pas de caméra dans la cuisine ni de mouchard dans la chambre à coucher pour vous fliquer. L’objectif, nous dit-on, est strictement pédagogique car le châtiment corporel est toxique. La preuve pas les neurosciences qui auraient récemment démontré que les « violences dites éducatives ordinaires (VEO), en plus d’être inefficaces, pouvaient occasionner des troubles dépressifs, de l’anxiété, des difficultés relationnelles et même des conduites addictives et des tendances suicidaires ».

Preuve du bien-fondé de la loi, nous signale Le Parisien : 54 pays ont déjà voté contre les VEO, le dernier étant le Népal. Alors, forcément, si on est plus ringard que les Népalais…

Dans le même temps, on apprend que nous sommes encore quelques vieux pays à vouloir s’occuper de nos fesses comme on l’entend : la Belgique, l’Italie, la République tchèque, le Royaume-Uni et la France.

Ah, les conduites addictives… Vieux pays, vieille culture. Le poète Ovide chantait déjà les charmes de la déculottée dans L’Art d’aimer, c’est dire… Plus près de nous, je vous invite à parcourir la rubrique « petits plaisirs » sur la page Femme actuelle senior en date du 26 juin dernier. On y lit que 24 % des Françaises, selon une enquête de l’IFOP, ont déjà expérimenté le panpan-cucul avec leur partenaire. Je cite : « Dans l’inconscient collectif, la fessée est la punition infligée aux enfants désobéissants. Voilà peut-être ce qui nous attire dans cette pratique, son goût d’enfance : pouvoir quitter notre cape de superwoman parfois lourde à porter et redevenir, le temps de nos ébats sous la couette, une gamine soumise qui s’en remet à l’autorité virile de son homme. » Horreur et putréfaction ! En pleine saison #BalanceTonPorc ! Quelle honte…

Plus sérieusement, l’administration de la fessée par papa-maman dans le cadre familial a fait l’objet d’une « approbation d’interdiction » en décembre 2016, mais le Conseil constitutionnel lui a rendu sa vertu le 27 janvier 2017. Tout cela, au fond, n’est qu’une aimable fumisterie car, ainsi que le relève Emmanuelle Ménard, « cette mesure ne pourra être effective qu’en demandant à l’enfant de dénoncer ses parents ».

C’est là où l’on retombe dans l’insupportable tropisme des régimes totalitaires qui entendent toujours nous imposer leur idée du bien par la loi, puis par la force…

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