Editoriaux - Société - 17 août 2018

Femme battue expulsée de son appartement : ce que cela nous dit de notre société

Les médias s’offusquaient récemment de ce que le TGI de Nanterre avait ordonné l’expulsion de son HLM d’une femme, au motif des nuisances sonores dont se plaignaient les voisins. Or, celles-ci étaient constituées des cris d’Élodie sous les coups répétés de son mari ou, selon les sources, de son « compagnon ». (Il est vrai qu’aujourd’hui, un tel distinguo est franchement ringard !)

La pauvrette avait bien porté plainte, et même par deux fois, mais tandis que la démarche ne semble pas lui avoir apporté grand-chose, la Justice facétieuse y a même vu, dans une logique implacable, une forme de preuve du délit : « La plainte déposée pour violence conjugale par Madame X. ne fait que corroborer les troubles. »

Si on connaît le prénom de la victime, celui du tabasseur a toutefois échappé à la longue enquête de nos journalistes d’investigation, de même que ses mensurations, point qui a sans doute son importance.

Ce matin, l’avocat socialiste Marie-Anne Soubré, de service au micro des « Grandes Gueules » sur RMC – la préposée à dire le bien, donc -, clouait au pilori les voisins du couple qui, au lieu de signaler le tapage au bailleur (« social », cela va sans dire), auraient mieux fait de porter secours à la malheureuse : « J’espère que les voisins ont honte d’eux. Ils sont indignes. » Mais la pensée qu’ils n’avaient peut-être pas envie de se faire égorger n’effleure pas la justicière médiatique. Ni l’idée que c’eût été plutôt le rôle de la police, même si l’on sait que celle-ci a pour consigne d’éviter « les provocations » et, autant que possible, les pertes d’effectifs par chute de réfrigérateur du 6e étage…

Imaginons même qu’un voisin à vocation suicidaire ait allongé le tortionnaire d’un uppercut bien placé, c’est lui qui se serait retrouvé au tribunal pour coups et blessures ! Et on peut parier que l’avocat radiophonique n’aurait pas été la dernière à enfoncer « le facho »…

Aux temps hélas lointains de ma jeunesse, les bagarres estudiantines de Mai 68 ou les remises en place de boîtes de nuit ne faisaient courir que le risque de quelques baffes, au maximum d’un nez cassé… Maintenant qu’un mauvais regard supposé peut vous coûter la vie, et qu’une justice dévoyée confond les coupables et les victimes, il ne faut pas s’étonner que les vocations de chevalier blanc se raréfient.

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