Editoriaux - Histoire - Presse - 11 janvier 2018

Féminisme oblige, c’est Carmen qu’on assassine !

En 1986, l’aujourd’hui défunt Pierre Gripari publiait un fort joli roman, Patrouille du conte. Dans cette fantaisie dystopique, les brigades de la vertu d’un royaume imaginaire étaient chargées d’épurer la littérature enfantine. Il était alors annoncé, en quatrième de couverture : « Il se passe, dans ce royaume, pas mal de choses que le folklore tolère, mais que la morale réprouve : les loups y mangent les petites filles, ce qui est cruel ; les ogres y mangent les petits garçons, ce qui est vicieux ; on peut y rencontrer le diable, ce qui n’est pas laïque, ou encore épouser un prince ou une princesse, ce qui n’est pas démocratique… »

Trente-deux ans plus tard nous y sommes et, pour farfelu qu’il fût, l’ami Pierre était visionnaire, tel qu’en témoigne la récente relecture de Carmen, l’opéra de Georges Bizet. Ainsi, ce n’est plus Don José qui tue Carmen à la fin, mais le contraire. Et le metteur en scène Leo Muscato d’expliquer : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. »

La première a donc eu lieu à Florence, au Teatro del Maggio, devant une salle comble, d’ailleurs plus venue pour siffler qu’applaudir. L’assistance a aussi beaucoup ri, quand le pistolet de Carmen s’est enrayé au moment de buter José. Quelle idée, aussi, de laisser une fille jouer avec un engin de garçon ? Assommer le harceleur à coups d’aspirateur ou de service à raclette aurait peut-être été plus sûr, tout en permettant de conserver, au passage, la charge émotionnelle et féministe de ce final revisité.

Mais ce n’est qu’un début et continuons le combat ; combat féministe, il va de soi. Tenez, rien que Jeanne d’Arc, dont la fin est bien cruelle, surtout lorsque envoyée au bûcher par ce porc d’évêque Cauchon. Pour un prochain film, une peine de travaux d’intérêt général serait autrement plus appropriée pour la Pucelle. Faire le ménage dans les campements anglais, une idée à creuser, tout en leur enseignant l’écriture inclusive : my taylor.e is rich.e, by exemple.

Histoire de ne pas s’arrêter en aussi bon chemin, un autre ménage s’imposerait aussi, concernant d’autres victimes d’un autre dragueur lourd : James Bond. Car même si au service de Sa Très Gracieuse Majesté – féminisme de surface –, nous avons là affaire à un macho pithécanthrope d’un autre temps. Une pédagogie bien comprise imposerait ainsi de commencer par Goldfinger, l’un des films les plus emblématiques de la série. L’agent 007, non content d’affronter la méchante Pussy Galore – « femme méchante », stéréotype, plus jeu de mots foireux sur son intimité, le compte est bon –, la fait renoncer à son lesbianisme – c’est pourtant son choix à elle – en la culbutant de force dans le foin – là, c’est plutôt le choix de James.

La suite est tout aussi insoutenable. Une femme, en tenue d’Ève, retrouvée morte et peinturlurée d’or. Manifestement, son projet de vie n’a pas été respecté et la peinture utilisée ne semble pas être éco-responsable. Le reste est à vomir. James Bond ne s’arrête de fumer que pour dormir, boit de la vodka martini comme si sa vie en dépendait et néglige de manger ses cinq fruits et légumes quotidiens. Pire : il conduit son Aston Martin sans même boucler sa ceinture, ne respecte pas les limitations de vitesse, surtout pendant les poursuites de voitures, et il est à craindre que les six cylindre en ligne du bolide en question ne passent pas au contrôle antipollution.

Les producteurs de la célèbre saga savent donc ce qu’il leur reste à faire pour les prochains épisodes. En lieu de caviar et de champagne, l’agent 007 devra exclusivement se nourrir de tofu et de jus de gland. Fini les palaces au luxe tapageur, il logera désormais en Airbnb. Les cascades automobiles seront effectuées en covoiturage. Et les James Bond girls respecteront la diversité : Conchita Wurtz est déjà pressentie ; mais dans une version femme-tronc, histoire d’éviter la stigmatisation des populations handicapées.

2018 s’annonce funky.

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