Editoriaux - Société - 9 octobre 2018

Fécondité et barbarie

La dystopie La Servante écarlate s’invite sur vos écrans ou dans votre bibliothèque, où elle peut honorablement côtoyer les maîtres Aldous Huxley et George Orwell. Dans ce cauchemar inventé par Margaret Atwood, la pollution entraîne une chute de la fécondité des femmes et une proportion grandissante de bébés anormaux. Des ultra-puritains prennent le pouvoir et abolissent la démocratie, la société devient régie par un système de castes sexuées où les « servantes écarlates », présumées fécondes, sont asservies et doivent donner aux « dominantes » les enfants qu’elles portent et que leurs maîtresses ne peuvent pas concevoir et porter. Dans ce monde violent et totalitaire, la personne est instrumentalisée, sa dignité est bafouée et la moindre dissidence de sa pensée est farouchement éradiquée.

Une autre fiction, lue il y a longtemps, me revenait en mémoire lors de ma lecture de cet opus : Le Premier Siècle après Béatrice, d’Amin Maalouf. Là, le drame est plus sournois : dans les sociétés patriarcales, le nombre des naissances de garçons excède très largement la proportion naturelle. Et, là encore, la rareté des femmes, loin de rehausser leur « valeur » (oui, ce terme est odieux), les confine dans un rôle d’exploitées, tant pour le plaisir que pour la reproduction. Comme si l’idée de complémentarité et d’égalité des femmes et des hommes ne devait pas survivre puisque les femmes, rendues collectivement responsables de cette faillite du renouvellement des générations, sont punies, asservies. Les deux romans se rejoignent dans cette infâme conclusion : tous les moyens seront bons, y compris les plus immoraux, pour qu’elles donnent naissance aux cohortes nécessaires au renouvellement des populations et aux guerres futures.

Le point de départ du roman de Maalouf se constate déjà. En Chine, en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, au Japon et sans doute ailleurs, des avortements sélectifs sont pratiqués dès lors que le sexe ne convient pas. Et celui qui ne convient pas dans une société patriarcale, c’est le sexe féminin. Mais Marlène Schiappa est plus concernée par l’éradication du manspreading ou la sanctuarisation de l’IVG.

Peut-être existe-t-il une méthode statistique fiable pour déterminer et surtout pondérer entre elles les causes de la baisse de la fécondité constatée aujourd’hui. La pollution que nous générons et endurons fait sûrement parti des bons candidats pour expliquer cette baisse, avec les perturbateurs endocriniens en bonne place sur la liste des accusés. Le recul de la nuptialité et de l’âge de la première grossesse, le contrôle personnel de la fécondité font aussi que nos sociétés ont moins de bébés. Les malthusiens et les décroissants diront tant mieux.

Que la fécondité présente et future soit un enjeu géopolitique et stratégique est une évidence. Il en a toujours été ainsi : c’est, in fine, la démographie qui commande. L’impérialiste Erdoğan l’avoue sans détour, qui veut faire des ventres des femmes de la diaspora turque une arme d’islamisation et d’invasion massive (« Ne faites pas trois, mais cinq enfants. Vous êtes l’avenir ! »). Comment ne pas penser au Lebensborn, fût-ce au prix d’un point Godwin ?

Est-ce qu’il y a une conclusion, une morale à ma divagation du jour ? Oui, bien sûr. Quelles que soient nos responsabilités, il faut se garder d’instrumentaliser l’autre. La femme, l’homme, l’enfant, l’employé, le pauvre, le migrant, le faible, le bon… C’est notre anthropologie chrétienne qui nous le commande.

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