Entretien

Robert Ménard : « Il faut avoir une politique agressive en faveur des centres-villes »

Maire de Béziers

Ancien journaliste. Fondateur de Reporters sans frontières et de Boulevard Voltaire

 

Robert Ménard rétablit les chiffres et la vérité sur les vacances commerciales dans la ville de Béziers : le taux est passé de 27 à 17 % depuis qu’il est maire. Il explique les leviers qu’il active pour redynamiser le centre-ville et faire encore baisser ce taux : moratoire sur les grandes surfaces à la périphérie, embellissement, attractivité, etc. Mais il précise aussi que le gouvernement a son rôle à jouer par la politique fiscale et les pouvoirs donnés au maire.

Robert Menard, le président de l’association « Centre-ville » a déploré une paupérisation du centre-ville de plusieurs métropoles notamment celle de Béziers puisqu’on parle de 27 % de commerce en vacance.
En tant que maire de Béziers, comment gérez-vous ce problème et quelles en sont selon vous les causes ?

D’abord, je tiens à préciser que ce chiffre est faux.
Le chiffre de 27 % de vacance commerciale, de commerces vides, pour parler en Français courant, correspondait à la situation d’il y a 2 ans. On est aujourd’hui exactement à 17,6 %.
C’est encore bien trop. Pour se porter à peu près convenablement, il faudrait être en dessous des 10 %.
On en est arrivé là d’abord parce qu’on a laissé se construire des grandes surfaces partout.
Autour de ma ville, nous sommes saturés de grandes surfaces. Nous avons un taux de mètres carrés de grandes surfaces par habitant largement au-dessus de la moyenne nationale.
La première mesure que j’ai prise fut évidemment de m’engager sur un moratoire.
On ne peut plus supporter dans une ville comme Béziers, et dans bien d’autres villes, de nouvelles grandes surfaces. C’est la première mesure.

La deuxième mesure est de parier sur le centre-ville.
Il faut donner envie aux gens de revenir dans le centre-ville.
Cela passe par une politique agressive de circulation et de stationnement.
Il faut offrir du stationnement, mais aussi de la beauté.
Si les gens viennent dans un centre-ville comme celui de Béziers, c’est pour son passé historique. La ville a 2600 ans. Il faut jouer de cet aspect-là.
On ne vient pas simplement pour faire des affaires à toute vitesse comme dans une grande surface.
On vient ici, dans le centre-ville de Béziers, parce qu’il a du charme, parce qu’il est agréable de se promener dans notre centre-ville.
Il faut donc qu’il soit attractif.

Enfin, il faut multiplier les initiatives et l’animation de la ville.
Une ville morte est une ville que l’on fuit.
Une ville morte ne va pas attirer de la clientèle.
Voilà les trois volets sur lesquels on a plaidé.

Pour renforcer cela, on a aussi besoin d’une politique au niveau national. Il faut que le gouvernement nous aide.
Il faut donner des aides aux gens qui parient sur les centres-villes. Il faut peut-être diminuer un certain nombre d’impôts. Il faut rendre quasiment impossible la construction de grandes surfaces contre l’avis du maire.
Voilà autant de voies sur lesquels le législateur peut travailler.

Les centres-villes se dépeuplent par la multiplication des centres commerciaux en périphérie.
Faut-il les supprimer ou plutôt les décaler en centre-ville ?

Je ne crois pas qu’aujourd’hui on puisse supprimer les centres commerciaux. Mais, il faut qu’ils participent de façon plus importante à la vie de la cité.
Ils profitent de tous les attraits de la cité en payant certes des impôts mais pas plus que des impôts. Il faut aller plus loin. Ils doivent contribuer financièrement au redémarrage des centres-villes.
Ensuite, il ne faut plus qu’on en construise contre la volonté des maires.
Or, aujourd’hui, on peut nous imposer une grande surface. Il y a de telles possibilités, non pas de contourner la loi, mais de faire avec la loi que cela devient terrible.

Le loyer des centres-villes est plus élevé qu’en périphérie. N’est-ce pas aussi un des problèmes qui explique le dépeuplement du centre-ville ?
À ce niveau-là, qu’est-ce qu’un maire peut faire contre la hausse des loyers en centre-ville ?

Dans ma ville, les loyers en centre-ville sont moins chers qu’à la périphérie.
La pauvreté est au coeur de la cité. C’est pour cela que nous avons tant de travail et que nous nous mobilisons tellement pour relancer le centre-ville.
Effectivement, si les loyers d’un centre-ville sont inaccessibles pour un certain nombre de personnes, cela peut éventuellement diminuer le nombre de clients.
Toutefois, je ne crois pas que la question du loyer soit centrale.
La question centrale est d’attirer, dans nos centres-villes, une population qui a du pouvoir d’achat, pour pouvoir faire fonctionner les commerces.
Pour cela, il faut embellir le centre-ville, il faut qu’il soit mieux connecté.
Ce sont autant de choses qui paraissent des détails, mais qui font que demain le centre-ville attirera ou pas.

Ancien journaliste. Fondateur de Reporters sans frontières et de Boulevard Voltaire

POUR ALLER PLUS LOIN