Editoriaux - Politique - 11 août 2018

Faut-il sauver le soldat Macron ?

Quelle idée, celle d’une « République exemplaire », autant dire imaginaire, promise par le candidat Macron en 2017 ? Laver plus blanc que blanc, c’est pour la mère Denis, avec la loi de la transparence pour tout. Nul doute que le Président ne médite, à Brégançon, dans son for intérieur, les leçons du pouvoir : gouverner, ce n’est pas être « maître des horloges », selon l’expression dénuée de sens et ressassée, mais connaître les mécanismes des passions, s’attendre toujours au pire venant de ses proches, affronter le désenchantement. Et d’abord savoir s’entourer : c’est à cette précaution que Macron semble avoir failli par deux fois.

Alexandre Benalla, on n’a pas fini d’en entendre parler. Que dire d’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, « frère jumeau de Macron », « sa tour de contrôle », son « second cerveau » ? C’est ce clone, en qui Macron a une confiance aveugle, qui est visé, via une plainte d’Anticor, par le parquet financier, dans une affaire de conflit d’intérêts (on en avait eu vent, il est vrai). Tremble, ô Macronie ! Pour la première fois, malgré journalistes et historiens venus en secouristes, le pouvoir est « fragilisé ». Chaque jour apporte son lot de révélations dans les médias. Ajoutons, à cela, la situation, elle aussi « fragilisée », du ministre de l’Intérieur, malgré son sourire, et vous comprendrez qu’avec toutes ces « fragilités », le cuirassé Potemkine est atteint. On a beau jeu de projeter la nécessité de recourir au spoil system américain pour l’élection de 2021, les faits sont là. La loi concernant la réforme constitutionnelle est dans le lac. Des étudiants de Parcoursup sont sans affectation pour la rentrée. Remanier le gouvernement serait reconnaître l’affaire Benalla. Le Premier ministre, lui, a pris de la hauteur, dans les Hautes-Alpes.

Vu d’en haut, l’état des lieux en France n’est pas mirobolant malgré le rythme de travail intensif des ministres, qui, même en vacances, ne débandent pas, reposés qu’ils sont, mais « en état de veille ». On parle, pour la rentrée, de « bazar législatif ». Pourtant, la loi (un peu touche-à-tout) portant sur l’avenir professionnel a été votée, la loi Collomb sur l’asile et l’immigration aussi, celle de Schiappa sur le consentement sexuel également. Le déficit public aurait été en baisse mais pas les chiffres du chômage malgré les lois passées par ordonnances. Surtout, la dette explose de manière alarmante, cette fois à cause du choc pétrolier dont les effets se font déjà sentir à la pompe. Les prévisions de croissance sont donc à revoir à la baisse. La réforme arrachée de haute lutte de la SNCF ne nous console pas d’être le wagon de queue de l’Europe.

Il serait tentant de dire que Macron, tout comme Fillon, est l’arroseur arrosé. Fini le dogme de « l’infaillibilité » : effet de la Providence, sans nul doute. Disons plutôt que l’heure de la vérité pour tous a sonné. Macron avait promis le grand chamboulement productif. Après une élection éclair qui a sidéré le monde politique, atomisé les partis, après une campagne hystérisée, les planètes ne s’alignent déjà plus. Bien sûr, il y a la conjoncture mondiale. Bien plutôt, rien de nouveau sous le soleil de la politique. Après l’ivresse des promesses vient toujours le désenchantement programmé. À quoi bon promettre la Lune ? En l’occurrence, on tombe de haut.

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