Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - 8 avril 2018

Faut-il accorder plus de visas aux Algériens ?

Alger est la première ville au monde en matière de demande de visa pour la France. Lors de son dernier voyage à Alger, Emmanuel Macron s’est vu interpeller par des jeunes qui en réclamaient davantage. Annaba (anciennement Bône) est également bien classée, selon le consul général de France, qui inaugurait, au début du mois, de nouveaux locaux.

Étrange situation, où d’anciens colonisés et leurs descendants aspirent à rejoindre le pays qui les a colonisés – de façon barbare, selon notre Président. Rappelons les paroles scandaleuses qu’il prononça, en février 2017, pendant sa campagne électorale : « [La colonisation], c’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. »

Dommage que cet ancien khâgneux et énarque ait une conception aussi caricaturale de l’histoire de l’Algérie. Sans doute devait-il être distrait, pendant les cours, par quelque rêverie ; à moins qu’il n’ait retenu que la version véhiculée par des historiens complaisants et partiaux. Sinon, il saurait que les membres du FLN, à qui de Gaulle a livré l’Algérie et le Sahara, dans les conditions qu’on connaît, sont eux-mêmes les descendants de musulmans impérialistes.

La situation des Algériens ne s’est guère améliorée depuis l’indépendance, si l’on en juge par l’augmentation des demandes de visa pour la quitter. Tombé aux mains du FLN et de ses différentes factions, le pays s’est enfoncé dans une crise économique qui va empirant. Le chômage bat des records chez les jeunes.

Si l’État français a une responsabilité, c’est d’avoir abandonné l’Algérie en 1962. Ou, plutôt, de s’en être débarrassé, sans se soucier de l’exode forcé des pieds-noirs, du sort des harkis, de l’avenir des Algériens amis de la France, et en faisant passer pour des factieux les Français qui voulaient rester fidèles à la parole donnée. Quant aux harkis qui purent échapper au massacre et rejoindre la métropole, le plus souvent grâce à des officiers français qui contrevinrent aux ordres du gouvernement, ils furent parqués dans des camps.

Cinquante-six ans après l’imposture des accords d’Évian, on voit le résultat. L’Algérie est plongée dans une crise économique et sociale, qui pourrait se doubler d’une crise politique quand se posera la question de la succession du président Bouteflika – qui vient régulièrement en France pour se faire hospitaliser. Les demandes de visa risquent alors de se multiplier.

La France a des rapports historiques et, pourrait-on dire, filiaux avec l’Algérie. Elle a une dette envers les harkis, leurs descendants et tous les Algériens qui ont encore la nostalgie de la France. Mais il serait inconcevable que certains viennent en métropole pour trouver du travail et profiter des avantages sociaux, en important un esprit de revanche et une culture différente.

Que Macron sache que, si le gouvernement les acceptait, sans conditions, par exemple pour occuper des emplois dont les Français ne veulent pas, ce serait irresponsable. Non seulement il pratiquerait une forme de néocolonialisme cynique et mercantile, bien pire que le colonialisme historique, mais il inviterait d’anciens colonisés à venir coloniser la France.

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