Editoriaux - Santé - Société - 16 septembre 2018

Face à l’euthanasie, il faut sauver les soins palliatifs

Quand Anne Bert, écrivain et atteinte de la maladie de Charcot, nous annonçait, l’an dernier, de façon tonitruante, qu’elle voulait en finir avec la vie, j’ai souvenir que de nombreux médias lui avaient donné la parole. Interrogée à de multiples reprises, elle nous avait dit combien elle souhaitait mourir par crainte de ce que la maladie ferait d’elle. Encore en bonne forme, plutôt que d’affronter une telle perspective, elle souhaitait qu’un autre lui donne la mort plutôt que de le faire elle-même. Mais notre France étant, à ses yeux, trop inhumaine, elle avait souhaité, d’une part, avoir recours à l’euthanasie en Suisse, d’autre part, elle avait choisi de faire de son cas personnel un emblème, pour tous ceux que l’on n’aura pas euthanasiés, contre leur gré.

C’est régulièrement que le sujet resurgit dans les médias. Par exemple, Marie-Paule Belle, dont vous entendiez si peu parler depuis sa chanson « La Parisienne », a décidé elle aussi de soutenir la cause. Il y a de cela quelques semaines, les mêmes médias ont pu relayer, apparemment sans hésitation, le combat qu’elle mène aux côtés de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). Grâce à son « bouleversant combat » pour l’euthanasie (sic), nous aurons été invités à penser comme elle, par des journalistes aussi survoltés que consensuels.

Il faut dire que l’ADMD se démène pour resservir le couvert dès que les médias l’oublient un peu, et l’association trouve écho sans grande difficulté. Qui a pu passer outre le cas de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire ? Des noms surexploités jusqu’à la mort par ces militants qui laissent assez peu de place à la contradiction.

On s’étonne que la loi, après ces oppressantes couvertures, ait réussi à échapper au supposé progrès. Bien que la limite soit parfois difficile à appréhender, elle s’en tient à ne pas autoriser l’intention de donner la mort. Elle réaffirmait, aussi, l’importance du soin palliatif, bien que cette injonction semble assez peu suivie d’effets.

Aussi, quand le docteur Alexis Petit, qui ne profite probablement pas de la même exposition que l’ADMD ou Jean-Luc Romero, évoque et publie, sur son compte Twitter, une tribune signée « par TOUS les médecins d’unité et d’équipe mobile de soins palliatifs du Nord », on s’étonne un peu. Les mêmes médias, chargés (nous l’oublions parfois) de couvrir objectivement l’information, auraient été peu enthousiastes à relayer la tribune. Depuis juin, ce n’était visiblement pas une priorité. Nous voici en septembre et ce sont les réseaux sociaux qui nous font découvrir la nouvelle, par le docteur lui-même. Une cinquantaine de médecins en soins palliatifs n’aura pas intéressé davantage que la saillie d’une seule artiste.

Pourtant, ne devrait-on pas entretenir un respect plus grand à ceux qui œuvrent dans le monde de la santé pour accompagner les derniers mois de nos malades ? En temps normal, ne devrait-on pas accepter de poser le regard sur leur travail ? Et quand ceux-ci nous alertent sur la dépénalisation de l’euthanasie, mesure qu’ils considèrent « à l’encontre de notre culture palliative », n’y a-t-il pas matière à approfondir le sujet, à comprendre ce dont ils parlent, à nous mettre à leur niveau et à en débattre ? Nous ne côtoierons que quelques mourants d’aussi près dans toute notre existence quand c’est, pour eux, le quotidien. Tandis que le tapage médiatique tend à nous convaincre qu’il existe des morts moins dignes que d’autres, eux se surmènent discrètement à préserver des vies dignes jusqu’au bout.

Nous savons que le bien ne fait pas de bruit. Mais, tout de même, nous devrions les aider un peu.

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