Editoriaux - Entretiens - 12 février 2019

Fabien Di Filippo : « Ce gouvernement provoque les gens ! »

Fabien Di Filippo, député de la Moselle, demande à Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d’État auprès du ministre des Armées, qu’Arnaud Beltrame figure parmi la liste des « morts pour la France ».

Il s’en explique au micro de Boulevard Voltaire. L’occasion d’évoquer avec lui l’épineuse question du retour des djihadistes sur le sol français et l’attitude du gouvernement dans la crise des gilets jaunes.

Vous avez demandé à la secrétaire d’État Geneviève Darrieussecq qu’Arnaud Beltrame figure parmi la liste des « morts pour la France ». Le public aurait pu penser que c’était déjà fait…

Cette interpellation est beaucoup plus large que cela. Le texte qui permet d’octroyer à un militaire le statut de « mort pour la France » remonte à 1915. C’était une époque où les conflits étaient très institutionnalisés avec des frontières, deux armées, etc.
Aujourd’hui, nous sommes face à de nouvelles formes de conflits, notamment avec cette guerre contre le djihadisme. Elle se fait parfois contre des Français sur notre sol qui veulent détruire la France et tuer nos enfants.
Il faut donc faire évoluer cette loi pour que gendarmes et militaires de l’opération Sentinelle qui sont en première ligne dans la lutte contre cet intégrisme islamiste puissent bénéficier de cette reconnaissance de la nation qui est plus que légitime.

Cela vient fort à propos puisque environ 130 djihadistes vont être rapatriés de Syrie. Ils viendront s’ajouter à ceux qui sortent de prison. L’urgence intérieure est extrêmement forte…

D’une part, certains sont déjà en prison et s’y sont radicalisés.
Le premier danger, c’est qu’ils vont bientôt sortir.
Le deuxième, c’est la volonté de Christophe Castaner, d’Emmanuel Macron et de ce gouvernement de faire revenir en France des Français partis en Syrie. Ils ont fait allégeance à Daech et se sont battus contre notre pays et nos armées.
Il faut limiter la menace. Ce retour est donc inacceptable. La France n’ayant pas ratifié les traités contre l’apatridie, elle peut les déchoir de la nationalité française.
Il faut, ensuite, qu’ils soient jugés, soit en les remettant au régime syrien, soit en les envoyant en Irak selon les lois des pays dans lesquels ils ont perpétré leurs crimes barbares.
Mais qu’ils ne reviennent jamais sur notre sol. Qu’ils ne soient plus jamais considérés comme français.

L’ambiance intérieure est assez mortifère. Entre le saccage des arbres plantés en l’honneur du jeune Ilan Halimi et les tags concernant la mémoire de Simone Veil, on note une recrudescence d’actes antisémites. Comment jugez-vous l’état intérieur du pays ?

Si Emmanuel Macron avait pris, dès le 17 novembre, l’ampleur de la mobilisation dans tout le pays, s’il n’avait pas minoré la souffrance des gens, s’il avait répondu dès le départ aux inquiétudes sur la fiscalité, sur la taxe sur les carburants et sur la CSG, tout le monde serait déjà rentré à la maison.
Ce n’est pas ce qui s’est passé. Chaque semaine, son gouvernement en rajoute une couche et provoque les gens. Il a bien compris que ces violences répétées lui permettaient d’acquérir une nouvelle légitimité. Il détourne le débat. Le débat ne porte plus sur les problèmes économiques et sociaux ou sur la fracture territoriale. Il l’a réduit à l’ordre ou pas l’ordre, la violence ou pas la violence.
Je regrette amèrement que le débat se soit ainsi déplacé.
Ces violences sont évidemment condamnables et inacceptables moralement. Au-delà du tort qu’elles portent à la cause des revendications de certains qui sont sincères sur leurs fins de mois difficiles. Elles déplacent complètement le débat.
Moralement, les violences antisémites, les violences contre les églises ou les profanations d’églises sont toutes inacceptables. Leurs auteurs ne doivent pas oublier qu’elle sert à relégitimer Emmanuel Macron dans une sorte de posture régalienne au-dessus des lois. Le Président s’est montré incapable d’apporter le moindre début de réponse aux inquiétudes de cette France qui travaille ou qui a travaillé toute sa vie et qui n’y arrive plus. Je veux bien dissocier ces deux choses-là.

Vous semblez dire qu’Emmanuel Macron a contribué à entretenir le feu…

Je ne peux que constater qu’il n’a pas répondu aux demandes des gens. Il se met en scène dans un débat qui, pour l’instant, n’apporte pas de réponse. On ne sait pas sur quoi il débouchera, mais il lui permet de gagner du temps jusqu’aux européennes.
Toutes ces petites phrases accumulées depuis des mois ont eu des conséquences. À l’origine, ce qui était un problème économique et social s’est cristallisé sur sa personne. Il en porte l’entière responsabilité.