Editoriaux - International - Société - Table - 1 juin 2018

Euthanasie : en Belgique, depuis 16 ans, on élimine à la pelle !

La loi du 28 mai 2002 a permis aux médecins belges « mettant intentionnellement fin à la vie d’une personne à sa demande » de se voir exonérer de toute poursuite pénale. À l’époque, il ne s’agissait pas vraiment de reconnaître un droit du patient à se voir euthanasier, juste de protéger les médecins. En 2002, 259 personnes avaient vu leur fin de vie abrégée à leur demande. Seize ans après, c’est plus de 2.000 cas officiels d’euthanasie légale (six Belges sont euthanasiés tous les jours).

Ces chiffres sont encore en deçà de la réalité car en Belgique, les euthanasies clandestines demeurent nombreuses (27 % en Flandre et 42 % en Wallonie). Plus grave : selon un rapport de l’Observatoire français de la fin de vie, il arrive que des patients soient euthanasiés à leur insu (jusqu’à 1,8 % des décès).

Au point que la présidente de la commission fédérale chargée de contrôler a posteriori le bien-fondé des euthanasies, le docteur Herremans, a récemment déclaré : « S’il fallait, en Belgique, juger tous les docteurs Bonnemaison (en référence à ce médecin jugé en France pour avoir illégalement abrégé la fin de vie de ses patients), les cours d’assises seraient pleines. » L’efficacité de cette institution de contrôle est douteuse ; il aura fallu attendre 2015, soit quatorze ans après le vote de la loi, pour qu’un dossier « litigieux » soit transmis au parquet (sur 8.000 dossiers examinés).

De quoi nourrir les inquiétudes de ceux qui pensent à raison que la société belge se dirige vers une optique utilitariste d’éradication des mal portants, en occultant les souffrances des familles, des médecins, et le rôle de soignants.

L’évolution constante du nombre de décès par euthanasie dans le pays est le fruit de l’évolution de sa législation et de ses pratiques. Même la « souffrance psychique constante, insupportable et inapaisable » est un des critères suffisants pour que les médecins abrègent la vie des patients.

On a vu un détenu malade, condamné à une lourde peine de prison, être euthanasié à sa demande. Ann G., victime d’abus sexuels et souffrant d’anorexie, a été « autorisée à mourir » à 44 ans. Tout comme Nathan Verhest, qui ne supportait plus l’échec de son opération de changement de sexe. Idem pour Tine Nys, 38 ans, euthanasiée après une rupture amoureuse.

S’ajoute à cela que, depuis 2014, l’autorisation d’euthanasie a été étendue aux mineurs qui en font la demande sans limite d’âge à condition qu’ils aient « la capacité de discernement ». Des pédiatres ont eu beau protester, deux enfants ont eu leur vie abrégée « à leur demande ».

Les tenants du droit à mourir ne veulent pas en rester là ; plus d’une vingtaine de propositions de loi ont été déposées depuis 2002 pour simplifier les processus. Il est question de supprimer l’objection de conscience du personnel soignant pour les obliger à pratiquer l’euthanasie malgré eux.

Le concept de l’« euthanasie altruiste » fait également son chemin en Belgique ; depuis 2005, les organes d’une quarantaine de personnes euthanasiées ont été prélevés. Certains y voient une aubaine pour faciliter les prélèvements d’organes sur ces candidats à la mort programmée et souhaiteraient encourager la pratique.

La Belgique est un des trois pays d’Europe à avoir admis l’euthanasie aussi largement. Selon le Pr Didier Sicard, elle se sent bien seule et multiplie les opérations de lobbying pour que la France se mette au diapason. Le Portugal résiste encore : une proposition de légalisation de l’euthanasie vient d’être rejetée à une très courte majorité.

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