« Les européistes ne doivent pas craindre la volonté populaire italienne mais écouter les besoins et trouver un point de rencontre »

En Italie, contrairement à tous les pronostics, la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles, grands vainqueurs des dernières élections, se sont mis d’accord pour présenter un candidat à la présidence du Conseil. Personnage plus « technicien » que « politique », Giuseppe Conte saura, d’ici quelques jours, s’il est investi par le président de la République italienne. Matteo Gaduelo, journaliste, nous explique la situation politique italienne au micro de Boulevard Voltaire.

Après plusieurs mois de tergiversation et de négociation, il semblerait que l’Italie soit en bonne voie de constituer un nouveau gouvernement.
Comment cela va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Hier, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, respectivement du mouvement Cinq Etoiles et de la Ligue, ont été successivement reçus par le président de la République, Sergio Mattarella. Ils ont tous les deux d’un commun accord présenté un nom. Le président de la République a demandé quelques jours de réflexion pour confirmer les intentions des deux partis qui devraient former le futur gouvernement italien.

Quel est ce personnage ayant reçu l’assentiment de Cinq Étoiles et de la Ligue ?

La personne proposée est l’avocat des droits civiques à l’université de Florence, Giuseppe Conte. Ce personnage est méconnu des Italiens. Il avait été présenté au 1er mars par le mouvement Cinq Étoiles comme probable futur ministre pour l’administration publique.
Pendant cette conférence accompagnée par Luigi Di Maio, le professeur Conte a présenté ce qui été ses lignes majeures en tenant un discours assez technique, parlant de l’organisation de la structure judiciaire, de contrôle, des diminutions de loi inutiles.
C’est un personnage plutôt technique et pas du tout politique.

On sent les militants du mouvement Cinq Étoiles un peu tiède par rapport à ce nom-là du fait que ce soit un technocrate.

Tout à fait. Monsieur Conte s’est présenté à la conférence des Cinq Étoiles en ne mettant en avant le fait qu’il n’avait jamais soutenu ni voté le mouvement Cinq Étoiles, mais qu’après une première rencontre avec ces dirigeants, il s’était fait convaincre par la bonté de leur projet.
Le gouvernement sera un gouvernement brésilien par ses couleurs. Le jaune, du mouvement Cinq Etoiles et le vert de la Ligue, où le Mouvement Cinq Étoiles sera le 1er parti. Ce sera donc de leur responsabilité de proposer un nom et du côté de la Ligue leur responsabilité sera d’accepter ce nom devant le président de la République et des Italiens.

Au niveau européen, les réactions s’enchaînent. Tous les défenseurs de l’Union européenne et d’une ligne plus libérable et plus bruxelloise avaient parié que les Italiens ne se sortiraient pas de ces négociations et sur de probables nouvelles élections.
Les européistes ont-ils des raisons de craindre ce possible nouveau gouvernement ?

Plusieurs interférences ont eu lieu au cours de ce mois de mai.
La première est venue du commissaire aux affaires migratoires. Il a rappelé aux Italiens qui n’avaient pas encore de gouvernement qu’il souhaitait la non-rediscussion des politiques migratoires européennes. Les Italiens ont pourtant vanté la Ligue du nord principalement pour contester la politique migratoire européenne. Ce sera certainement un sujet que les Italiens auront à poser à la Commission et à Bruxelles.
Le lendemain, ce fut le tour de M. Junker de rappeler le besoin de continuer sa politique pour baisser la dette publique. Bruno Le Maire et Nathalie Loiseau n’ont fait que répéter que l’Italie devait se tenir aux engagements pris en Europe.
Je pense que ces européistes ne doivent pas craindre la volonté populaire italienne. En revanche, ils doivent s’asseoir à une table et écouter les besoins. Il y a des thèmes qu’il faut affronter, mais il faut trouver un point de rencontre même si les positions sont très certainement distantes. L’Europe est un lieu de conciliation. Nous avons déjà géré d’autres crises. Il est donc possible d’écouter les besoins italiens avant que la situation devienne totalement ingérable.

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