Editoriaux - Politique - 2 février 2019

Européennes : quelle carte va nous sortir Macron de son chapeau ?

Les partis de l’ancien monde balayés en 2017 par la « nouveauté Macron », désireux de montrer qu’ils avaient retenu la leçon, ont choisi des profils radicalement nouveaux et jeunes pour conduire leurs listes européennes de mai prochain.

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a désigné une jeune inconnue de 29 ans, Manon Aubry, spécialiste de l’évasion fiscale dans l’ONG Oxfam dirigée par Cécile Duflot. Le Rassemblement national a intronisé Jordan Bardella, encore plus jeune – 23 ans -, enfant des banlieues, pour mener sa liste. Quant aux Républicains, Laurent Wauquiez a imposé le jeune élu versaillais François-Xavier Bellamy, philosophe revendiquant son « conservatisme ». Et la gauche ex-socialiste s’agite autour de Raphaël Glucksmann.

Pour les trois grands partis perdants de 2017, la stratégie du renouvellement a été associée à un calcul de niche électorale : coller à la sociologie et à la démographie de son électorat. Rouge-vert pour La France insoumise, droite jeune et populaire pour le RN, droite bourgeoise et conservatrice pour le parti de Laurent Wauquiez. Selon le vieil adage : rassembler d’abord les siens.

Mais cette stratégie, pour compréhensible qu’elle soit, n’est guère conquérante et pourrait s’avérer périlleuse et cette course au rajeunissement et au renouvellement systématiques un piège. Sans même entrer dans le détail des faiblesses de ces candidatures, surtout dans l’état actuel du pays.

N’ont-ils pas tout simplement deux ans de retard ? La carte du rajeunissement – ou du jeunisme… – n’est-elle pas terriblement jaunie – avec jeu de mots -, vu l’échec patent de l’expérience Macron qui misa tout sur cette jeunesse ? Échec dont nous ne savons pas encore comment le pays va se remettre ?

Et il se pourrait que l’intéressé l’ait compris, réservant pour fin février-début mars le véritable lancement de la campagne du parti présidentiel. L’idée serait justement d’apparaître comme le parti de l’expérience. D’où le parrainage de la liste par les anciens Juppé et Cohn-Bendit, d’où les appels lancés aux commissaires européens PS Moscovici ou LR Barnier. Mais l’un et l’autre ne seraient pas chauds. On parlait même, cette semaine, d’Édouard Philippe, hypothèse démentie tant à l’Élysée qu’à Matignon. On avançait, encore, les noms de deux femmes ministres : Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, et la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson. Guillaume Tabard, dans Le Figaro, citait la phrase qui circule à leur sujet : « La première en a l’envergure mais n’en a pas l’envie ; la seconde, c’est l’inverse. » Ambiance. Quel leader inattendu notre Président inattendu de 2017 sortira-t-il de sa manche ? Nul ne le sait encore. Mais on le verrait bien prendre le contre-pied de ses adversaires.

Il est certain que les Français, macronistes ou pas, sont las, terriblement déçus par la situation créée par un Président qui détenait pourtant d’extraordinaires atouts, comme peu de ses prédécesseurs en avaient eu avant lui. Ils sont peut-être aussi fatigués d’un jeunisme forcené et chercheraient à être rassurés et éclairés alors qu’ils ne savent pas de quoi sera fait le lendemain des élections européennes (retraites, fiscalité, etc.), le macronisme saison 1 étant parti en fumée avec les palettes des ronds-points. Et la saison 2 qui doit sortir du grand débat se résume à un immense point d’interrogation. Mais c’est cette stratégie du point d’interrogation qui lui a ouvert les portes de l’Élysée. Bonne pour gagner une élection. Pour gouverner, c’est une autre histoire.

Ah, si : Emmanuel Macron a choisi une chose pour ces élections européennes, le slogan : « Changer d’Europe ». Pour nous refaire en 2019, au niveau européen, le même coup qu’il fit en 2017 ?

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