Editoriaux - Politique - 7 septembre 2018

Européennes 2019 : l’instant populiste ?

C’est peu, de dire que ça tangue à l’Élysée. Les sondages, encore et toujours, qui se suivent et se ressemblent ; à la baisse, toujours et encore. Ainsi la rentrée politique d’Emmanuel Macron est-elle jugée « mauvaise » pour 74 % des Français. Un pourcentage qui monte même à 86 % pour les électeurs du Rassemblement national, 88 % pour ceux de La France insoumise et 71 % pour ceux des Républicains.

Ils ne sont donc que 26 % des sondés à afficher leur satisfaction, soit à peine un peu plus que le résultat du successeur de François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle. C’est peu. Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, d’autres sondages, relatifs aux élections européennes de 2019, sont tout aussi alarmants pour le pouvoir.

Si LREM fait toujours la course en tête, le parti présidentiel passe néanmoins de 23 à 20 % des intentions de vote, tandis que le RN, même si décrochant de deux points (18 % contre 20 % avant les vacances d’été), maintient sa deuxième position. On notera que LFI progresse de 11 à 14 % et que LR demeure stable, avec 15 %. Des écarts si serrés que l’inquiétude commence à gagner les stratèges de la Macronie. Et si, malgré le vague à l’âme des militants et une situation financière des plus précaires, Marine Le Pen parvenait à réitérer son exploit du dernier scrutin européen en sortant première des urnes ?

Un scénario d’autant plus inquiétant pour l’avenir qu’en seconde division, Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez sont loin de partager l’eurolâtrie béate d’Emmanuel Macron. Car si l’on fait l’addition des résultats promis à ces trois formations, cela donne 47 % des voix. Ce n’est pas encore un bloc populiste majoritaire et eurosceptique, mais ça commence à y ressembler. Ça y ressemble d’autant plus que la dynamique est du côté de tels rapprochements, entre union des droites en Autriche ou des populistes en Italie, en attendant celle, du même genre, en train de naître en Allemagne.

C’est, d’ailleurs, là que réside tout le paradoxe macronien. Il se voulait en marche vers un nouveau monde alors qu’en la matière, il ne fait finalement qu’incarner l’ancien. La preuve par les personnalités de droite l’ayant rallié. Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin ? On a déjà vu plus funky. Pourtant, Emmanuel Macron, dans un moment de lucidité, avait bien résumé la nature des enjeux à venir : les « progressistes » contre les « nationalistes ».

Les termes sont évidemment mal choisis. On peut être « nationaliste » et être pour le « progrès » ; ou le contraire. Il n’empêche qu’ils recouvrent une part de réalité, celle de l’opposition entre la minorité qui s’enrichit de la mondialisation et la majorité qui a l’impression d’y perdre à la fois sa chemise et son identité. C’est la nouvelle vague migratoire qui synthétise le mieux ce double sentiment de dépossession, sentiment qui transcende les traditionnels clivages politiques.

Pour résumer, on dira qu’à droite, l’immigration sauvage fait peur parce que synonyme de déclassement sociétal et, à gauche, de déclassement social, l’un n’étant évidemment pas incompatible avec l’autre. De l’autre côté de ce mur invisible, l’hyperclasse mondialisée, qu’elle penche à droite ou à gauche, joue d’ailleurs sur ces deux tableaux. Elle est cosmopolite dans l’âme, à la manière d’un Jacques Attali, parce qu’elle en a le goût et les moyens financiers : un appartement à New York et un riad à Marrakech, parce qu’on le vaut bien. Elle est tout aussi antisociale par nature, le salarié n’étant qu’une banale variable d’ajustement, un inconvénient de moins en moins nécessaire à la bonne marche des affaires. De fait, son obsolescence a été programmée de longue date, grâce à l’importation massive de malheureux venus implorer, souvent au péril de leur vie, le droit de se faire exploiter.

Il n’est pas sûr que ce « progrès » soit du goût de tous.

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