Editoriaux - 10 janvier 2019

Et si l’on s’était trompé sur la police ?

Et si…

Et si la police, affairée parfois avec un zèle surprenant à maltraiter les retraités et à gazer les pauvres, n’était pas ce corps si respectable que nous croyions ?

…et si nous nous étions plutôt trompés ?

Il faut pardonner à cette pensée hérétique. Ne vous choquez pas a priori, laissez passer la suggestion un verre à la main, tranquille.

La police, fièrement républicaine, aurait-elle pu, à l’époque bénie des gouvernants, s’en prendre violemment, ici ou là, aux fils d’immigrés, au bas des tours ?

Époque bénie, vraiment, que celle qui interdisait l’image immédiate.

Et si des Mohamed, des Karim ou des Abdel s’étaient vraiment fait rentrer dans le lard par quelque brute en uniforme ?

Qui pouvait témoigner des abus, sinon des associations alors en fondation ?

Et si les petits enfants d’immigrés avaient raconté de tels abus à leurs propres enfants ?

Imaginez cela à l’aune de ce qui arrive aux gilets jaunes.

L’un d’entre eux est touché, tous se lèvent.

L’on applaudit à ce courage et à cette solidarité.

Quand de nombreux enfants sauront ce qu’a fait la police durant les manifestations, édifiés par le récit de leurs parents gilets jaunes, ils abhorreront les flics.

Il suffit, peut-être, d’une poignée de brutes dans la police pour que s’installe la haine.

Y aurait-il eu, dans les années soixante-dix ou quatre-vingt, un racisme de certains membres de la police, racisme ignoré, sciemment ou non, par les gouvernants ou préfets d’alors ?

La police serait-elle comptable, à travers certains de ses boxeurs casqués, de la colère des peuples fiers qui composent la France ? L’histoire de la police est-elle exempte d’angles morts ?

Il faut l’avouer, c’est pénible à lire, et presque à écrire… mais qui oublie les innombrables errements d’une Cinquième République engloutie depuis tant d’années dans une forme d’autorité où l’illégitime le dispute à l’abandonnique ? La police serait-elle le simple calque du pouvoir, ou son ultime révélateur ?

Cette hypothèse vous rappelle assurément de bien bonnes fables gauchistes, cependant le réel est aujourd’hui visible, nous quittons la fable.

Il est réel que des manifestants sont frappés sans discrimination de couleur de peau, il est réel que de vieilles dames peuvent être malmenées, il est réel que l’on condamne plus vite un gitan-boxeur qu’un barbouze macronien casseur de manifestants.

Franchement, à voir ce que l’on voit, l’on en viendrait vite à avoir de mauvaises pensées… j’en rougis.

Toutes nos amicales pensées aux victimes des violence policières.

Et aussi aux policiers blessés (ne devenons pas aussi obtus que ceux qui fourmillent de mauvaises pensées…).

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