Et si les Gilets Jaunes avaient soif d’absolu ?

Et si les cris des Gilets Jaunes exprimaient autre chose qu’une crainte sur leur pouvoir d’achat ? Si le ras-le-bol exprimé aux ronds-points allait plus loin que la défiance envers les politiques ? S’il fallait comprendre que les révoltes qui s’expriment sont en fait le désir de quelque chose de plus grand, de plus fondamental ? Si nous assistions, même, à un réveil des consciences, à la naissance d’une nouvelle jeunesse, qui a soif de vérité et de bien, de justice et d’honneur, de transcendance peut-être ?

Parce que les revendications ne sont pas claires et uniformes, qu’elles ne sont pas même véritablement formulées, les chiens du systèmes en déduisent que le peuple est manipulé, téléguidé de l’étranger, qu’il est incohérent et irrationnel – donc, encore une fois, insignifiant et méprisable. Mais c’est peut-être, au contraire, parce que nos énarques et nos normaliens, penseurs du pouvoir, se sont rendus incapables d’entendre le langage du peuple, le sens même de ses aspirations les plus profondes et de ses attentes les plus élémentaires.

Les Luc Ferry et les BHL, comme tous ceux qui les écoutent dans les ministères, les classes prépa ou les plateaux télé, sont tellement imbus de leur philosophie idéaliste et individualiste qu’ils en ont perdu de vue la nature, le réel, et donc aussi le bon sens. La philosophie de l’utile et du plaisir dont ils sont les promoteurs réduit toute réalité à sa valeur marchande, à son intérêt individuel – ce que le philosophe catholique Robert Spaemann appelait « l’ontologie bourgeoise » – jusqu’à faire de l’homme une chose parmi les autres, un produit, un simple consommateur : l’homme n’est vu que comme une quantité, un pouvoir d’achat, un acteur économique qui fait circuler l’argent en dépensant son salaire ou sa retraite pour le réinvestir, en objets ou en impôts.
Or ces penseurs officiels oublient – et l’oubli, pour un philosophe, est une tentation bien connue, celle qui mène à l’erreur, à l’idéologie, puis finalement à la dictature – que cette réduction de l’humanité à une quantité, froide et statique, sans destin ni finalité, est toujours une violence qui aboutit à un drame : au plus profond de la nature humaine, qu’on le veuille ou non, il y aura toujours cette tendance vers l’absolu qui nous distingue des êtres sans raison. C’est la loi inscrite au plus profond du cœur des hommes, au plus intime de leur intelligence et de leur volonté : nous sommes fait pour connaître le vrai et pour aimer le bien.

Lorsque l’on gave l’être humain de biens de consommation et de plaisirs en tous genres, on parvient bien sûr à atténuer ce désir, à le faire taire un instant, mais jamais à l’éteindre. Un jour où l’autre – lorsque les plaisirs se font trop rares, ou que le gavage devient insupportable – les yeux s’ouvrent, et les consciences se réveillent. Les hommes crient alors, avec une légitime fureur, leur soif d’absolu, qu’aucune mesurette économique ne saura combler.

Il est grand temps alors de changer de philosophie et de revenir au réel.

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