Présidentielle 2022

Et maintenant : Nabilla 2022 ?

Satiriste polémiste
 

La saison 8 des élections présidentielles françaises ayant démontré que les médias sont capables de faire élire un parfait inconnu, sans parti, sans programme officiel et dont les projets officieux sont rejetés par une grande majorité des Français, il faut que le système se surpasse pour 2022. Lançons donc un défi aux oligarques : messieurs, faîtes entrer Nabilla à l’Élysée !

Impossible, me direz-vous ? Impossible n’est pas français ! Si vingt millions de nos compatriotes ont voté Macron, on doit pouvoir trouver une majorité pour Nabilla.

Elle a d’indéniables atouts, au demeurant. Tout d’abord, Nabilla est jeune, ce qui semble être un gage pour l’électorat de Macron ; en 2022, elle aura 30 ans, l’idéal pour succéder à un Président élu à 39 ans. Ensuite, Nabilla est une femme, et il serait tout de même temps, au XXIe siècle, que la France soit présidée par une femme ; cela aussi, c’est très important pour l’électorat du Président Macron. Et puis Nabilla est jolie ; ça ira bien sur les couvertures de Gala et Paris Match ; en meeting, ça le fera aussi, bien éclairée avec une bonne musique d’ambiance. Avec son talent d’artiste, elle saura à merveille déclamer les discours qu’on lui écrira ou qu’on copiera sur ceux de 2017.

Certes, il faut bien reconnaître que Nabilla a quelques handicaps, à commencer par son casier judiciaire : tentative de meurtre sur son compagnon, c’est du lourd ! Un ouvrier picard aurait pris dix ans pour ça. Mais bon, là, ça va : Nabilla est une star et elle est de gauche, on ne va quand même pas lui chercher des noises pour une petite histoire de coups de couteau. Personne n’a été chercher des noises à Macron pour quelques millions égarés. Il est vrai, aussi, que Nabilla n’a pas fait d’études, mais il suffira d’axer la campagne sur le rejet des élites traditionnelles et cette faiblesse deviendra une force. Enfin, Nabilla n’a jamais été ni élue, ni haut fonctionnaire dans un ministère. Aucun problème : en cinq ans, on peut lui faire un CV d’équerre : une année comme ambassadrice de l’UNESCO pour la promotion des artistes féminines en Afrique, deux ans comme secrétaire d’État à l’Égalité des chances dans le gouvernement Bayrou ou Baroin 2. En 2020, on lui refile l’Éducation nationale, et en 2021, elle démissionne pour se consacrer à sa campagne à la tête du mouvement « La France qui danse, la France en transe ».

Bien sûr, il faudra aussi s’occuper de l’élimination de ses opposants politiques. Comme personne n’est tout blanc, on trouvera facilement de quoi discréditer le candidat des Républicains et, s’il n’a vraiment rien à se reprocher, on trouvera un parent ou un ami à lyncher pendant des mois. On peut, par ailleurs, compter sur François Bayrou, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire ou Manuel Valls pour se rallier au panache multicolore de Nabilla et lui assurer le minimum de crédibilité nécessaire. On peut également compter sur Marine Le Pen pour s’imposer comme candidate du courant patriotique et, avec tout ce que les Français auront pris dans la figure d’ici là, ils la mettront en tête au premier tour. Ensuite, entre les erreurs stratégiques du clan Philippot et une bonne campagne antifasciste, les Français devraient quand même préférer le symbole de l’ouverture au « visage de la haine et du repli sur soi », sans compter que, d’ici 2022, on peut fabriquer un paquet de nouveaux citoyens ! Pour le débat de l’entre-deux-tours, on recourra à une oreillette et on reprochera à Marine Le Pen d’avoir été arrogante en étalant sa supériorité intellectuelle. Ça sera peut-être un peu ric-rac, mais ça doit pouvoir passer.

Il n’y a plus qu’à trouver la boîte de com’ qui veut bien relever le défi et on lance l’opération.

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