Economie - Editoriaux - 4 août 2018

Et l’on reparle des loyers fictifs…

Le gouvernement est toujours à la recherche de nouvelles ressources fiscales et n’aime pas l’immobilier, qu’il accuse de beaucoup de maux, notamment de détourner les Français de la Bourse. M. Macron avait démenti, pendant la campagne électorale, une rumeur qui l’accusait de vouloir imposer les loyers fictifs, c’est-à-dire de taxer les loyers que se verserait un propriétaire pour occuper son propre logement. Cette mesure serait, bien entendu, inique. Vous vous saignez aux quatre veines pour acquérir une maison. Une fois payée, vous devriez acquitter des impôts entre 17,2 % et 47,2 % sur une somme importante que vous ne touchez pas, car si elle existait, vous vous la paieriez à vous-même ! Une pure idiotie que seuls de soi-disant experts économiques sont capables d’imaginer, mais qui rapporterait en moyenne plus de dix milliards d’euros au budget, car les dix millions de propriétaires ayant fini de rembourser leurs emprunts seraient taxés, en moyenne, à 31 % sur une somme de 3.500 euros. Évidemment, une telle manne tomberait à pic pour renflouer des finances mises à mal par la suppression de la taxe d’habitation.

Quelques mois après l’installation du nouveau gouvernement, France Stratégie, un organisme dont on se demande si le but n’est pas de chercher les meilleurs moyens pour spolier les Français et qui dépend du Premier ministre, avait proposé avec enthousiasme, dans un rapport, d’introduire cette baliverne. M. Philippe avait tancé ses imprudents conseillers et avait juré que jamais on ne taxerait les loyers fictifs.

Patatras ! L’INSEE va désormais les prendre en compte pour, paraît-il, avoir une idée plus juste du coût du logement en France. Ce dernier passerait, par ce tour de passe-passe, de 19 % des revenus à 24 %, mais, encore une fois, l’office des statistiques mesure le vide, car les loyers fictifs ne sont jamais versés et ne sont donc pas de l’argent dépensé. Alors, pourquoi les introduire dans les calculs de l’INSEE ? Cette prise en compte n’a aucun sens ! À moins que le pouvoir n’essaye, par ce biais, d’habituer les Français à cette idée ? Car spolier les propriétaires occupants est une mesure qui serait dans la droite ligne de la politique macronienne. Le Président n’aime pas les classes moyennes et les retraités et souhaite les taxer au maximum. Il n’a pris aucune mesure pour ces catégories sociales, bien au contraire. Et pour Emmanuel Macron, plutôt qu’acheter un logement, les Français devraient placer leurs économies dans la Bourse, où ils risquent pourtant de se faire plumer. En effet, même dans les périodes où les actions montent, beaucoup trop de banques ont l’art de refiler aux clients lambda les produits qui baissent et de réserver les actifs performants à leurs clients les plus riches. Pour ces dernières, il faut donc beaucoup de pigeons pour enrichir les seconds, et il n’y en a sans doute pas assez.

Le gouvernement prétend éliminer le déficit. Il aura beaucoup de mal à réaliser cet objectif. Et plutôt que de diminuer les dépenses, il préférera sans doute augmenter les impôts, poursuivant ainsi la politique de M. Hollande. Les dix milliards que rapporterait la taxation des loyers fictifs sont donc très tentants. Trop tentants…

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