Culture - Editoriaux - International - 23 août 2018

Et le visiteur de l’expo tomba dans un trou d’art contemporain

Toujours soucieux d’amuser la galerie, le créateur contemporain Anish Kapoor avait exposé une œuvre consistant en un trou circulaire de 2 mètres de diamètre et d’une profondeur de 2,50 mètres dans un musée de Porto. Une création datant de 1992 qui valait à l’artiste une grande admiration des égoutiers.

Alors qu’il visitait l’exposition en quête d’avant-gardisme échevelé, un touriste sexagénaire qui s’était un peu trop approché du chef-d’œuvre est tombé dans le trou. Au lieu d’y rester pour enrichir l’installation d’un nouvel élément « signifiant », l’homme a demandé à être extrait de la profondeur pour rejoindre l’hôpital le plus proche. Avec des blessures jugées sans gravité, preuve a donc été établie que la victime n’avait pas saisi l’ampleur artistique de sa chute. À la fin de l’exposition, le trou pouvait être bouché par une vingtaine de visiteurs imprudents réalisant ainsi l’installation suprême intitulée « Gogos amateurs d’art contemporain en pleine extase ».

Ne comprenant rien à la démarche de l’artiste, la direction du musée s’en est allée renforcer la sécurité autour de l’abîme avec des accessoires que l’on imagine similaires aux barrières pliantes rouges et blanches qui entourent les trous tout aussi circulaires permettant l’accès aux canalisations des égouts. Irait-on placer une bouée de sauvetage devant les toiles de Monet qui représentent des nymphéas sur un étang ? Non. L’amateur d’art traditionnel ne se penche pas pour regarder. Il est bien trop peureux. Frileux, réactionnaire et pire encore.

Outre ce trou itinérant, l’ambianceur-enfumeur Anish Kapoor était également l’auteur de l’œuvre monumentale Dirty Corner, surnommée « Le Vagin de la reine », qui fit les beaux jours des jardins du château de Versailles. Œuvre dans laquelle personne n’est tombée, d’après un gynécologue de la région.

À défaut de ressentir la beauté, l’amateur d’avant-gardisme se perd en conjectures. Une coupe de champagne à la main, lors des vernissages, il s’extasie « au cas où ». La crainte du visiteur intello de passer à côté du génie du siècle déroule une autoroute à des agitateurs malins qui n’ont pour tout talent que leur sens de la communication et de l’intrigue. Dès lors, plus la réalisation est absconse, plus un public soucieux d’apparaître initié, élite en diable, se précipitera.

À Porto, la tentative d’illustrer l’expression « tomber dans le panneau » a frôlé la perfection.

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