International - Espagne

Espagne, Portugal, Grèce : mêmes causes, mêmes effets ?

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

« Il n’y a plus de Pyrénées », disait Louis XIV en approuvant la succession à la Couronne d’Espagne de son petit-fils, le duc d’Anjou, le futur Philippe V.

Pas du tout ! ont rétorqué ce 25 mai les électeurs des deux pays. Ils sont bien là, les Pyrénées. Et si un parti identitaire comme le Front national vient de remporter en France une victoire aussi éclatante qu’historique, voilà qu’il n’y a tout simplement pas en Espagne l’ombre d’un tel parti. Davantage, c’est la gauche qui s’est imposée lors de ces élections « européennes » (les guillemets sont de rigueur, une chose étant notre patrie européenne, et autre chose, « le machin » bureaucratico-économique de Bruxelles).

Soyons plus précis. La gauche se serait imposée avec plus de 40 % des voix, si on pouvait additionner ses deux composantes : la gauche caviar des socialistes (qui ont essuyé, eux, un échec retentissant) et la gauche communiste. Celle-ci est composée par le PC de toute la vie, qui a presque doublé ses eurodéputés, mais qui se voit désormais concurrencé, sur sa gauche, par une toute nouvelle formation. Podemos (« Nous le pouvons »), s’appellent ces jeunes gens qui viennent de la mouvance des « Indignados ». Constitués il y a à peine quatre mois, ils sont montés en flèche, ayant obtenu, à l’étonnement général, rien de moins que cinq sièges.

La situation en Espagne est bien à l’opposé de celle qui prévaut dans le reste de l’Europe. Le ras-le-bol des gens face aux menées de la classe politique, médiatique et financière ne se reporte pas ici sur des forces identitaires – inexistantes ou enfermées dans leur ghetto. Bien au contraire, le ras-le-bol se traduit sous forme d’une gauchisation croissante du pays. Avec tout ce que cela implique, notamment pour ce qui est du renforcement des forces sécessionnistes en Catalogne et au Pays-Basque, lesquelles ont toujours compté avec la sympathie passive, si ce n’est le soutien actif de la part des gens de gauche.

Une telle situation est-elle vraiment spécifique à l’Espagne ? Non, en réalité il en va de même, quoique avec des différences qu’il ne faudrait pas oublier, dans deux autres pays : le Portugal et la Grèce. Tiens, cela ne vous dit-il rien ? L’Espagne, la Grèce et le Portugal… Mais si ! Ce sont les trois dictatures « fascistes » – c’est ainsi que les niais les appellent — qui ont existé en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Y aurait-il un quelconque rapport entre les deux phénomènes ? La situation catastrophique que connaît l’Espagne, aurait-elle, notamment, quelque chose à voir avec l’orientation catastrophique que le franquisme a suivi pendant quarante ans en matière culturelle et idéologique ; une orientation – faite essentiellement d’outrances ultramontaines – on l’appelle ici le national-catholicisme – qui a conduit à la perte sur le champ des idées de la guerre que ce même franquisme avait remporté sur le champ de bataille.

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