Élections Espagne 2015 - Espagne

Espagne : la grande bouillie électorale

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

Rien, malgré les apparences, n’a changé en Espagne lors des dernières élections législatives. Sauf que le pays semble devenu ingouvernable, aucune majorité ne se dégageant de la composition du nouveau Parlement. Mais ne vous en faites pas trop. Quelles que soient les combines à mettre en jeu et les magouilles à ficeler, ils sont tous tellement à l’affût du pouvoir, ils ont tous tellement soif de ses prébendes qu’ils finiront bien par trouver un quelconque arrangement.

Rien, disais-je, n’a changé lors des dernières élections, tout comme rien ne change presque jamais, ni en Espagne ni ailleurs, lors des élections que la démocratie organise et dont les changements apportés en profondeur sont rarissimes (serait-ce peut-être la France, la prochaine exception confirmant la règle ?).

Rien n’a changé en Espagne après les élections : tout patauge dans la même bouillie d’un nihilisme vide et gris, sans projet et sans destin. Sauf que la bouillie – celle où « droite » et « gauche » se confondent au sein d’un même projet dépourvu de projet – est plus gluante, plus épaisse que jamais.

Mais alors, vous demanderez-vous, qu’en est-il des nouveaux partis (Ciudadanos, dans ce qu’on appelle la « droite » ; Podemos, dans ce qu’on nomme la « gauche ») qui ont fait leur irruption bruyante sur la scène politique ? Outre que la moitié de l’électorat a continué à voter quand même pour les deux grandes momies de toujours (Partido Popular et Partido Socialista), ces deux nouveaux visages sont certes bel et bien apparus, mais ils ne sont rien d’autre que la copie conforme des anciens, sauf qu’ils se veulent désormais « jeunes », « décontractés », « dynamiques », « non corrompus » (pas le temps, grands dieux !).

Y compris dans le cas de Podemos, demanderont un peu agacés peut-être mes amis populistes ? Sans aucun doute. Et pourtant, il faut le reconnaître : la mise en question du capitalisme entreprise par Pablo Iglesias et ses amis semble sérieuse. Elle semble même les faire rejoindre les rangs de l’ancienne gauche révolutionnaire, même s’il faut se demander dans quelle mesure ils ne plongeraient pas le pays dans un chaos et une misère analogues à ceux où les dirigeants chavistes – dont les accointances avec Podemos sont plus que manifestes – ont par exemple plongé le Venezuela. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas des bobos, c’est vrai, ces gens-là, tout comme Chávez, Maduro ou un certain Castro ne le sont pas non plus.

Or, si les gens de Podemos ne sont pas des bobos pour les idées économiques, ils le sont bien, et d’une façon absolue, pour les idées sociétales. Les quelques mois déjà passés au pouvoir municipal par les deux « mairesses » de Madrid et de Barcelone le prouvent d’ailleurs à suffisance. La théorie du genre est leur loi, tandis que l’immigration de peuplement représente pour eux le plus grand bienfait. Si jamais ces gens-là prenaient le pouvoir, ce seraient des convois de bateaux qui iraient chercher directement des remplaçants chez eux. Ce en quoi ils auraient probablement le soutien indifférent du peuple. Celui d’un pays où pas un seul mot, ni dans un sens ni dans l’autre, n’a été prononcé, quelques groupuscules insignifiants exceptés, au cours de la dernière campagne électorale.

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