Éric Zemmour contre Hapsatou Sy : quand les débats télévisés ne sont plus qu’histoires de corne à cul…

C’est un jeu, un jeu du cirque moderne : on invite une pointure, un « intellectuel » manieur de concepts, pour parler de son livre sur un thème auquel il a longuement réfléchi et travaillé. Face à lui, on place un cégétiste à front de bœuf et/ou une entrepreneuse en cosmétiques afros et/ou une féministe radicale tendance glandulo-ovarienne. De préférence des gens qui n’ont pas lu le livre en question parce qu’ils n’en lisent jamais ou presque et, ce faisant, ont une idée sur tout. Arrêtée, l’idée, cela va de soi, car les certitudes sont d’autant plus bétonnées qu’elles s’appuient sur du vide.

C’est ainsi qu’on se repasse en boucle la grosse colère d’Alain Finkielkraut face à Abdel Raouf Dafri. Le philosophe qui essaie patiemment, pendant un quart d’heure, de répondre calmement à l’invective. Qui tente en pure perte d’expliquer que, « non, il n’est pas islamophobe », pas la réincarnation d’Hitler, pas le raciste qui dézingue tous les matins des « négros » et des « bicots » (sic), comme l’en accuse son vis-à-vis. Et puis, à bout de nerfs, Finkielkraut explose et ce cri d’exaspération est tout ce qu’on en retient, ce « Taisez-vous ! » qui, depuis cinq ans, lui colle à la peau. C’était chez Taddeï, dans l’émission « Ce soir (ou jamais !) ». Un Taddeï que la télé française éjecte en douce pour cause de « mal-pensance » et qui va trouver chez RT le dernier espace de liberté…

Mais la télé, on le sait bien, est désormais un ring ouvert. Elle a ses espaces dédiés aux coups et, trop souvent hélas, à la vulgarité. À ce championnat, c’est C8 qui remporte la palme, soit ouvertement avec un Cyril Hanouna, soit plus hypocritement avec un Thierry Ardisson aux postures/impostures d’intellectuel à chemise noire.

Dimanche soir, dans son émission « Salut les Terriens », il invite le sulfureux, l’infréquentable Éric Zemmour. Un Zemmour qui ne fait pas dans la dentelle et se permet (à peu près) tout. Même de tomber parfois dans l’outrance.

Ce dimanche, donc, il parlait du Destin français, livre qui succède au Suicide français. Zemmour a mal à la France, il la regarde se diluer, s’abêtir, s’écharper… Il en souffre et il le dit. Face à lui, une marchande de cosmétiques afros reconvertie en animatrice télé : Hapsatou Sy. L’émission d’Ardisson est enregistrée de manière à en limer tout ce qui dépasse. On en a donc effacé l’échange un peu vif entre l’écrivain-journaliste et la marchande de crèmes à blanchir la peau et autres produits à défriser les cheveux crépus.

Zemmour n’aime pas le prénom Hapsatou, le dit, précise sa pensée. Ainsi, il aurait voulu qu’on en restât aux prénoms chrétiens d’autrefois, dit que la mère d’Hapsatou Sy a eu tort de la prénommer ainsi. Ces propos sont « une insulte à la France », rétorque la jeune femme, à quoi Zemmour répond : « C’est votre prénom qui est une insulte à la France. Parce que la France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, un passé, et les prénoms incarnent l’histoire de la France. »

Cette altercation a été coupée au montage de l’émission « selon les directives du service juridique de C8 », nous dit-on. Les téléspectateurs ne l’ont donc pas vue, mais l’offensée a décidé d’en publier la vidéo sur Instagram, histoire que le pays sache comme elle a souffert. « Personnellement et dans mon être, je ne peux accepter ça. […] C’est pour moi impossible, inconcevable, de faire offense à mes origines, à mon identité et à ce que je suis », dit-elle, et menace de porter plainte.

Pauvre justice, encombrée d’histoires de corne à cul !

Pauvre télé, qui tourne sur du vide !

Et, surtout, pauvres de nous, confrontés à tant d’insondable bêtise…

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