Enseignement : Jean-Michel Blanquer pourra-t-il réparer la machine ?

 

On ne soigne pas une école abîmée par de multiples réformes en concoctant une nouvelle réforme. Élèves, parents et professeurs sont las de ces changements incessants qui perturbent plus qu’ils n’améliorent l’enseignement. Jean-Michel Blanquer l’a compris. Lors de son déplacement au congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), il a lancé aux journalistes : « Il n’y aura pas de “loi Blanquer”, j’en serai fier. »

Sage résolution, même si l’on souhaite, dans l’idéal, que tous les dégâts causés par son prédécesseur soient réparés d’un seul coup. À une médecine brutale, il préfère une médecine douce, des solutions pragmatiques qui rendront, il l’espère, l’école plus performante.

Ainsi, les rythmes scolaires vont être assouplis. Les communes, après concertation de toutes les parties, pourront choisir soit de conserver le statu quo, soit d’y renoncer et de revenir à la semaine de quatre jours, soit de conserver les quatre jours et demi, mais sans y ajouter les temps d’activités périscolaires (TAP).

Souplesse qui n’est pas une marque d’indécision, mais qui répond à une conviction du ministre : des situations différentes appellent des solutions différentes, qui doivent être décidées localement.

Il est probable, cependant, que dans beaucoup de communes qui ont déjà pris leurs dispositions les modifications éventuelles n’interviendront qu’à la rentrée 2018.

Autre mesure : le dédoublement des classes de CP ou de CE1 dans les établissements appartenant aux réseaux d’éducation prioritaire. Le ministère étudie les possibilités d’aménager les locaux supplémentaires que cette opération nécessite. Si le dédoublement à 100 % n’est pas réalisable, le dispositif « plus de maîtres que de classes » continuera d’être appliqué.

Troisième mesure – c’est une bonne nouvelle ! –, les classes bi-langues, où les élèves étudient deux langues en parallèle, avec un horaire renforcé, les cursus bilingues, comme les sections européennes, et l’enseignement des langues anciennes pourront être rétablis. Le ministre estime que ces options ont été « stupidement supprimées » : on ne le lui fait pas dire ! Reste à savoir si tous les collèges qui le souhaitent auront les moyens horaires nécessaires, les dotations ayant déjà été réparties selon les anciens critères.

Du moins pourront-ils récupérer des heures disciplinaires en supprimant les fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) qui ont donné lieu à tant de fantaisies. Avant de s’adonner à des travaux interdisciplinaires, ne faut-il pas se consacrer à l’acquisition de bases solides ?

Enfin, des études dirigées devraient être organisées dans tous les collèges pour permettre aux élèves de faire leurs devoirs avant de rentrer chez eux. En 2007, le ministre Xavier Darcos avait déjà tenté cette expérience. Mais il faut trouver des personnes compétentes pour les encadrer : des professeurs, des étudiants, des retraités, des associations déjà impliquées dans l’aide scolaire ? Sans compter les problèmes de logistique, notamment les transports scolaires dans les zones rurales.

Toutes ces mesures ne vont pas révolutionner l’enseignement et c’est tant mieux ! Elles permettront, sans doute, aux initiatives locales de se développer, au risque d’accentuer les disparités entre établissements – dont il faut reconnaître qu’elles existent déjà. Mais l’obstacle le plus probable, c’est la lourdeur du système, la méfiance devant la nouveauté, fût-elle commandée par le bon sens.

Jean-Michel Blanquer aura fort à faire s’il veut débloquer les rouages de la machine « Éducation nationale » et mettre en route un état d’esprit dynamique. Il lui faudra restaurer, à tous les niveaux, une vertu qu’il aime bien souligner : la « confiance ».

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