Editoriaux - Politique - 5 août 2018

Enfin un député LREM qui ose critiquer Macron ?

Affaire Benalla ? Dossier classé. La canicule a aussi du bon. Et puis, de toute façon, cette affaire ne laissera aucune trace sur le gouvernement ou la majorité. Gérald Darmanin nous l’a assuré avec son aplomb habituel. Et il est vrai qu’il a été difficile de trouver un ministre ou un député capable d’émettre le commencement de ce qui aurait pu ressembler à un avis un peu personnel et dissonant au milieu des éléments de langage que tout le camp majoritaire était tenu de reprendre. Il n’y en a eu qu’un, un certain Paul Molac, ex-député PS, à avoir exprimé son trouble.

Dans Le Point, il donne l’impression de persister et de signer. Bigre : enfin un indépendant de ce côté-ci de l’Hémicycle ? En effet, il revient sur son incompréhension devant le silence de l’exécutif, et sa stupéfaction devant la prestation calamiteuse de Gérard Collomb devant la commission d’enquête :

« Lundi, Gérard Collomb nous explique, en gros, qu’il ne sait rien, qu’il n’a rien entendu et qu’il ne connaît pas Alexandre Benalla. Je ne suis évidemment pas satisfait, car je ne comprends pas pourquoi l’Élysée – qui est mis en cause – ne nous explique rien des tenants et des aboutissants de cette folle histoire. »

Mais, à entendre la suite de son raisonnement, le gros problème pour lui se résume, en fait, à un manque de réactivité de la part du président de la République :

« Il faut attendre mardi avant que Patrick Strzoda ne nous donne satisfaction et coupe court aux rumeurs. […] Quelque part, nous nous sommes retrouvés seuls dans l’arène, sans aucun élément d’explication. Ce fut une position inconfortable, d’autant plus pour les novices du groupe. […] La machine s’est emballée parce que personne au sommet de l’État n’a pris la parole au moment adéquat. »

Pauvres novices exposés dans « l’arène », en manque de communication présidentielle, comme des brebis sans berger… M. Molac a dû être comblé quand le Président lui-même est venu devant son groupe redonner les bons éléments de langage, puisque, pour lui, l’affaire Benalla se réduit à des erreurs de communication… D’ailleurs, ce même député qui, toujours dans Le Point, exprime sa fibre « sociale » se garde bien de sortir du rang et précise que la constitution d’un nouveau groupe à l’Assemblée qui rassemblerait d’éventuels « frondeurs » « n’est pas à l’ordre du jour ».

Non, décidément, la dissonance – et ne parlons même pas de la fronde ou de la dissidence – , ce n’est pas chez ce député LREM qu’il faudra la chercher. La sienne n’est en fait qu’un faire-valoir de l’autoritarisme macronien qui s’est exprimé sans fard le 22 juillet dernier :

« Nous nous sommes parfois trompés en pensant qu’émettre une voix dissonante était le signe d’une force. Ça peut être un gain personnel au moment où on le fait, mais c’est toujours une erreur pour le collectif. »

La dissonance, ce si beau mot qu’un élève du philosophe Paul Ricœur aurait dû être capable d’intégrer dans son logiciel politique nouveau, le Président Macron n’en veut pas.

Pour le sociologue Gérald Bronner, qui commentait ces phrases, toujours dans Le Point :

« Le chef de l’État a fait un aveu terrible, celui qu’il n’y a pas de place pour l’avocat du diable. Les institutions doivent pourtant toujours ménager une possible contestation interne, sous peine de favoriser le conformisme, la polarisation, de donner l’illusion d’unanimité et de commettre de graves erreurs. L’Histoire regorge d’exemples. Le psychologue Irving Janis, notamment, rappelle, dans son livre Groupthink, celui de la tentative de débarquement de la baie des Cochons, à Cuba, en 1961 : ceux qui y ont participé ont dû s’engager à ne pas critiquer les plans de la CIA afin de préserver l’unité du groupe ! »

L’affaire Benalla, c’est un peu la baie des Cochons de Macron.

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