Audio - Discours - Editoriaux - Entretiens - Politique - 9 juillet 2018

Emmanuelle Ménard : « On ne réunit pas le Congrès pour ne rien dire »

Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, réagit au micro de Boulevard Voltaire après le discours d’Emmanuel Macron devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles.

Vous qui étiez présente, qu’avez-vous pensé du discours du président de la République au Congrès  ?

Même s’il s’agit selon Emmanuel Macron d’un rendez-vous annuel, on ne réunit pas tous les députés et tous les sénateurs pour ne rien dire. J’en attendais donc beaucoup de choses. J’attendais un discours avec des annonces. J’ai été très déçue.
Nous avons certes eu un beau discours incantatoire, de belles paroles et de belles déclarations. Mais nous n’avons pas eu d’annonces, hormis celles qui le concernent directement. Il a notamment dit qu’il essayerait l’année prochaine de faire en sorte de pouvoir rester, écouter les parlementaires et leur répondre. Nous aurons donc l’année prochaine, deux discours au lieu d’un.
Ceci étant, j’ai une petite anecdote très étonnante sur cette disposition. Il annonce cela au Congrès à Versailles en disant qu’il demandera au gouvernement de déposer un amendement en ce sens. Or, ce même amendement a déjà été déposé par plusieurs groupes en commission. Chaque fois il a été retoqué par les députés de La République En Marche avant de passer dans l’hémicycle. Il faudrait peut-être qu’il se mette d’accord au préalable avec sa majorité.

Plusieurs députés ont refusé de se rendre au Congrès, notamment ceux de la France Insoumise et certains députés Républicains.
Pourquoi ne pas avoir vous aussi boycotté ce Congrès ?

Pour pouvoir protester et critiquer, il faut être présent et respecter un minimum les institutions. La France Insoumise est dans la posture. Nous ne sommes donc pas surpris.
Concernant les quatre députés Les Républicains qui ont boycotté ce Congrès, je les connais bien, je discute régulièrement avec eux et je connais leur position. Ils ont l’impression qu’Emmanuel Macron nous méprise en convoquant le Congrès alors même qu’il est en train de torpiller les droits les plus élémentaires des parlementaires. Ce projet de réforme de la constitution arrive demain dans l’hémicycle. Je comprends.
Je préfère tout de même assister au discours pour juger sur pièce. Je me répète, je ne m’attendais pas forcément à de grandes surprises, mais je n’imaginais pas un seul instant que le discours de cet après-midi puisse se résumer, comme il l’a fait, à aussi peu d’annonces concrètes.

Emmanuel Macron a donné sa vision du monde. Elle est assez binaire. Selon lui, il y aurait d’un côté les progressistes et de l’autre les nationalistes de tout bord.
Cette vision du monde vu par Macron est-elle justifiée ?

Quand je l’entends dire cela, j’ai l’impression qu’il n’est pas dans le nouveau monde. Il fait de la vieille politique en opposant les gens entre eux. Je ne dis pas qu’il y a les conservateurs d’un côté et les progressistes de l’autre ou les souverainistes d’un côté et les progressistes de l’autre.
Monsieur Macron est forcément dans le camp des progressistes.
Certaines personnes font de la politique en tenant compte du réel et d’autres non. C’est ce que je vis. Je suis dans le camp de ceux qui essaient de proposer des solutions pour la France en tenant compte de la réalité des Français au quotidien.
J’ai malheureusement l’impression qu’Emmanuel Macron ne se rend pas bien compte du quotidien des Français. Il dit par exemple qu’il faut faire un plan de lutte contre la pauvreté des enfants. Très bien, mais quoi ? Comment ? On attend toujours. Il dit qu’il faut prendre en compte la situation des personnes en situation de handicap. Je rappelle qu’il a commencé par supprimer les contrats aidés pas plus tard que l’année dernière. C’était une de ses premières mesures. Or, les emplois aidés sont des emplois dont bénéficiaient les AVS travaillant dans les écoles pour s’occuper des enfants handicapés. Il faut savoir ce que l’on veut. Il a supprimé le 100 % accessibilité qui n’est plus que de 10 % dans la nouvelle loi logement. Ensuite, on vient nous dire qu’il faut aider les handicapés.
On peut faire des grands discours mais seulement après avoir pris en compte la réalité de la situation quotidienne des Français.

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