Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 27 juillet 2018

Emmanuelle Ménard : « Le mythe de la République irréprochable a été sérieusement écorné »

À la fin de cette semaine, au cours de laquelle la commission parlementaire de l’Assemblée nationale a mené ses auditions sur l’affaire Benalla, Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, répond aux questions de Boulevard Voltaire.

Ça y est, l’affaire Benalla semble s’essouffler. Pour autant, Emmanuel Macron s’en sort-il indemne?

Non, il ne s’en sort pas indemne. C’est le moins qu’on puisse dire. C’en est fini du mythe de la République irréprochable et du culte de la transparence qu’il nous a servi pendant un an. Tout cela est désormais largement écorné. Les masques sont tombés. Beaucoup ricaneront la prochaine fois qu’un membre de la majorité osera nous servir ces termes-là à nouveau.

Que pensez-vous de la fédération de toutes les oppositions contre Macron?

C’est un des fruits de cette affaire. Elle a réuni l’opposition. Pourvu que ça dure !
En sortant de la commission d’enquête, alors que présidente nous avait passablement agacés, voir Marine Le Pen et madame Obono main dans la main fut une image très marquante. La présidente a adopté une attitude insupportable, refusant systématiquement les demandes de l’opposition, quelles qu’elles soient. Elle a sabordé cette commission d’enquête et saboté le travail. Nous nous en doutions, mais nous espérions de bonne foi. Ce sont les limites d’une commission d’enquête présidée par un membre de la majorité alors qu’elle concerne la majorité.

Au final, l’opposition n’a-t-elle pas fait beaucoup de bruit pour rien?

Non, je ne pense pas qu’on en ait trop fait. Il suffit de regarder le Sénat. Le Sénat continue son travail en toute indépendance et conduit toutes les auditions qu’il doit faire. Son rapport sera extrêmement intéressant. À l’Assemblée, nous sommes bridés par cette majorité qui est le petit doigt sur la couture du pantalon. Ces députés de la majorité obéissent aveuglément au gouvernement et à monsieur Macron. Quand l’ambiance battait un petit peu de l’aile, il a fallu que le Premier ministre en personne vienne le matin même en séance de groupe pour remonter le moral des troupes. Le soir, c’est Emmanuel Macron lui-même qui est venu pour les booster et en quels termes, utilisant les expressions et attitudes bravaches qu’on connaît.

Comment expliquez-vous que monsieur Castaner, secrétaire d’État en charge des relations auprès du Parlement, ait autant brillé par son absence?

Cela lui a été reproché toute la fin de la semaine dernière lorsque nous étions encore en train d’examiner la réforme constitutionnelle, ou plus précisément que nous nous opposions à ce projet.
Monsieur Castaner errait alors dans les couloirs de l’Assemblée entre la salle des quatre colonnes réservée à la presse et la buvette pour y boire café sur café. Les députés réclamaient à corps et à cris sa présence dans l’hémicycle, mais il s’en est bien gardé. Il savait bien qu’il serait trop chahuté et qu’il aurait à répondre à nos questions s’il y mettait les pieds.
Pour ma part, je demandais à ce qu’il vienne en tant que ministre en charge des relations avec le Parlement et devant notre commission comme président de La République En Marche. Si on parle le plus souvent de Benalla, je rappelle que monsieur Craze l’accompagnait et que ce monsieur est un employé de La République En Marche. À ce titre, son patron, Christian Castaner, aurait dû être auditionné. Il le sera probablement, et je l’espère, par le Sénat. La présidente de la commission à l’Assemblée a refusé de l’auditionner, tout comme elle a refusé d’auditionner Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée alors qu’il l’a été au Sénat, ou encore Bruno Roger-Petit, le porte-parole de l’Élysée, qui a tout de même brillé par ses approximations, voire ses mensonges ou au moins ses erreurs. Je veux bien lui accorder le principe de la bonne foi, mais il aura à s’expliquer sur un certain nombre de points de ses déclarations qui sont finalement assez loin de la réalité.

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