Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 9 novembre 2018

Emmanuelle Ménard : « Dans le groupe LaREM, les voix dissonantes doivent rentrer dans le rang »

Les propos, sur Twitter, de la députée LREM Agnès Thill, qui avait dénoncé « un puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale », lui ont valu un recadrage sévère de son parti, pour la « dernière » fois.

Emmanuelle Ménard réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Agnès Thill, députée de la République En Marche, a été prise à partie par plusieurs de ses collègues de la majorité, notamment sur la question de la PMA. Elle avait parlé d’un ‘’puissant lobby LGBT à l’Assemblée’’ avant de se rétracter sous la pression de ses collègues.
Cela en dit long sur la liberté d’expression qui règne dans le groupe de la majorité…

Il est sûr que lorsqu’on fait partie du groupe la République En Marche, il ne fait pas bon d’avoir une opinion divergente ou dissidente. Vous êtes prié de tenir le discours qui est dans le vent et dans l’air du temps sans en dévier d’un centimètre. On le constate régulièrement dans l’hémicycle. C’est assez amusant et ça ne se passe qu’à La République En Marche. Dès que le vote est un peu plus compliqué, deux ou trois députés sont désignés pour donner les consignes de vote. Nous entendons ‘’POUR’’ ou ‘’CONTRE’’, assez fort dans l’hémicycle pour être bien sûr que tous les députés aient bien entendu et qu’ils appuient sur le bon bouton.

Qu’en est-il des lobbys au sein de l’Assemblée nationale ?
Y a-t-il un lobby LGBT dans l’hémicycle ?

Tout dépend de ce que vous mettez derrière le mot ‘’lobby’’. Si le mot lobby est un groupe de pression qui travaille pour faire valoir ou imposer ses idées ou ses intérêts, alors oui évidemment les lobbys existent.
Mais ce n’est pas forcément quelque chose de totalement négatif. Ce sont des groupes qui veulent faire prévaloir leurs idées ou demandent aux députés de travailler plus dans un sens ou dans un autre. Ce n’est pas forcément un gros mot. Je suis régulièrement contactée, en tout bien tout honneur, par des associations qui œuvrent pour le handicap, des associations de commerçants ou des fédérations du bâtiment. C’est d’ailleurs très intéressant, parce ce qu’il y a des choses ou des angles de vue auxquels on peut ne pas avoir forcément pensé. On ne peut pas penser à tout. Lorsqu’on a un texte de loi qui fait des centaines de pages, vous imaginez bien que nous ne voyons pas forcément tous les petits détails.
En fonction de chaque sensibilité, le député peut donner suite ou non.
Chaque député doit bien sûr garder son indépendance. Il est hors de question d’y voir un ordre ou une injonction. Ce n’est pas comme cela que ça se passe.
Pour revenir à votre question, il peut y avoir des lobbys, des groupes de pression ou d’intérêts, on les appellera comme on veut, dans des domaines très divers et variés. Je vous rappelle que monsieur Ruffin parle régulièrement du lobby agroalimentaire qui pèse sur le gouvernement ou du lobby des laboratoires. Pourquoi n’y aurait-il pas un lobby LGBT ? Bien sûr, mais il peut y avoir d’autres lobbys dans d’autres domaines.


Cette limitation de la liberté d’expression propre des parlementaires au profit d’une logique de groupe pose-t-elle un problème ?

Bien sûr, c’est un vrai problème. Chaque député est normalement libre de son vote et de ses choix, même s’il fait partie d’un groupe. Or, ce n’est pas du tout ce qu’on observe au sein du groupe majoritaire de la République En Marche.
Je vous rappelle que même lors de l’affaire Benalla, on a entendu quelques voix dissonantes. Les députés en question se sont vite vus rappelés à l’ordre, y compris par Emmanuel Macron. Il s’était déplacé à la maison de l’Amérique latine et avait été assez menaçant. Les députés en question avaient été priés de rentrer dans le rang très rapidement.
C’est ce qui s’est passé pour madame Thill sur l’affaire des lobbys LGBT dont elle dénonce l’existence à l’Assemblée. On lui a demandé de retirer son tweet. Elle l’a fait. Et on lui a dit grosso modo que c’était le dernier avertissement. Cela veut-il dire qu’elle sera exclue du groupe si elle persiste à avoir une opinion divergente ? Elle est contre la PMA. Beaucoup de députés de la République En Marche sont favorables. Est-ce que toutes les opinions auront le droit de s’exprimer au sein de la République En Marche ? Je ne sais pas. Mais pour l’instant, cet avertissement qui lui a été donné, n’est pas bon signe.

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