Economie - Editoriaux - 24 septembre 2018

Emmanuel Macron va-t-il vraiment rendre six milliards aux Français ?

Un gouvernement en difficulté dans les sondages prétend toujours qu’il est mal compris et qu’il va faire preuve de « pédagogie » : en fait, mentir aux Français en arrangeant la vérité. M. Macron est dans cet état d’esprit. Il a, enfin, pris conscience qu’une nouvelle baisse du pouvoir d’achat, en 2019, intervenant après celles de 2017 et 2018, serait une grave menace économique. Celles de 2017 et 2018 résultaient de deux facteurs : d’une part, d’un rebond de l’inflation qui culmine à 2,3 % (un inédit depuis dix ans) et qui ne sera pas compensée par une hausse des revenus (sauf pour les smicards), d’autre part, de l’augmentation de la CSG et des taxes sur l’énergie, alors que les baisses censées compenser ces alourdissements de charges ne sont pas entrées encore en vigueur (la diminution des cotisations sociales n’aura lieu qu’en octobre et celle de la taxe d’habitation qu’en novembre).

Emmanuel Macron prétend qu’en 2019, il rendra six milliards d’euros aux Français. La réalité est beaucoup plus sombre et ce bilan est gonflé à l’hélium. D’abord, pour arriver à ces six milliards, il additionne les baisses de 2018 et de 2019 et écarte les hausses de 2018. Ensuite, il sous-estime le poids croissant des taxes sur l’énergie. Or, du fait de la crise iranienne, le prix du pétrole va encore monter, entraînant la TVA sur les carburants à sa suite. L’augmentation probable de 20 % du prix du baril de Brent coûtera 2 milliards aux Français : un tiers des baisses prévues ! En outre, la baisse de la taxe d’habitation ne sera compensée qu’en partie par l’État, qui exigera plutôt des coupes dans les dépenses des communes. Celles-ci, étranglées financièrement, seront alors obligées d’augmenter la taxe foncière, et cela, dès 2019. On récupérera d’une main ce qu’on donne de l’autre. Par ailleurs, le budget 2019 est difficile à concevoir, car on transforme cette année le CICE en baisse de cotisations. Ce tour de passe-passe budgétaire sera neutre pour les entreprises, mais nous coûtera 20 milliards d’euros et induira une augmentation (provisoire) de 0,9 % de notre déficit. Celui-ci risque fort de repasser au-dessus des 3 % du PIB. Aussi, lorsque tous les arbitrages seront rendus, attendons-nous à une série de mauvaises surprises qui diminueront d’autant le montant avancé de six milliards de baisse d’impôts.

En outre, un choc fiscal, pour être efficace, doit consister en un transfert d’argent de l’État aux contribuables. Or, les six milliards sont pris dans la poche des retraités et des cadres supérieurs pour être donnés aux actifs. Il n’y aura, donc, aucun rebond de la consommation, car si certains dépenseront plus, les autres restreindront leurs achats. Cela n’aura aucun effet sur l’économie française. Quand un contribuable a l’illusion que sa situation personnelle s’améliore, il dépense plus et fait moins d’économies. Mais l’inflation va démoraliser les ménages et, surtout, l’entrée en vigueur du prélèvement à la source aura un effet récessif. Même si c’est faux, les Français auront l’impression de gagner moins et restreindront leurs achats.

Enfin, et surtout, la petite baisse des prélèvements que nous constaterons peut-être en 2019 constituera une goutte d’eau face aux augmentations précédentes. En six ans, les Français ont été assommés fiscalement. On a extorqué aux Français, entre 2011 et 2017, près de 50 milliards de plus d’impôts, sur un montant total de 420 milliards. Et tous les gouvernements sont coupables, ceux de M. Sarkozy comme ceux de MM. Hollande et Macron. On comprend mieux pourquoi nous sommes l’homme malade de l’Europe et pourquoi notre croissance est atone.

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