Editoriaux - Politique - 31 décembre 2018

Emmanuel Macron sur la piste fatale

Popeye ou Jean-Claude Dusse ?

Ça donne le vertige. En un an, Emmanuel Macron a perdu 23 points de popularité, si l’on en croit les chiffres de Kantar TNS. En janvier 2018, il y a un an, il y a une éternité : la cote du Président, tout juste quarantenaire, s’établissait encore à 44 % d’opinions favorables. En cette Saint-Sylvestre, elle n’est plus qu’à 21 % et le baromètre Yougov, pour Le HuffPost, donne en ce dernier jour de l’année 2018 le chiffre hallucinant de 18 % d’opinions favorables.

Comparaison n’est peut-être pas raison mais elle permet de comparer, et ça fait mal, très mal ! En janvier 2013, toujours selon Kantar TNS, François Hollande était à 35 % d’opinions favorables. En décembre de la même année, soit après vingt mois de mandat, comme Emmanuel Macron aujourd’hui, François Hollande avait glissé tranquillement mais sûrement sur sa luge à 21 % d’opinions favorables, soit une perte de 14 %. N’évoquons pas un temps que les moins de dix ans ne peuvent pas connaître. Ainsi, en janvier 2008, Nicolas Sarkozy trônait sur une bosse d’opinions favorables à 49 %. En fin 2008, il était encore à 37 %. Rappelons qu’il ne descendra jamais en dessous de 20 %. Emmanuel Macron fait donc plus vite et pire que ses prédécesseurs, mais il a encore une « marge de progression » : François Hollande, au plus bas de sa cote, en novembre 2011, au moment où il comprit dans sa chair qu’il fallait déchausser les skis, était à 11 % d’opinions favorables.

Pour résumer, Nicolas Sarkozy était détesté par le « peuple de gauche », François Hollande était haï par le « peuple de droite ». Emmanuel Macron réalise le rêve de Giscard d’Estaing et le dépasse même en rassemblant contre lui plus des deux tiers des Français : 77 % ne lui font pas confiance. En clair, il reste – et encore ! – les électeurs du premier tour de l’élection présidentielle.

Tout ça pour dire quoi ? Ce sont des chiffres, me direz-vous. François Hollande, qui est meilleur commentateur qu’acteur de la vie politique, disait, en 2013 : « Une présidence ne se juge pas sur la première année, mais elle se joue sur la première année. » Macron l’a, en quelque sorte, contredit, une fois de plus, puisque tout semble s’être joué dans la deuxième année, après une première année où c’est le Président qui semble s’être joué des Français. Et puis, on n’a jamais vu un président de la République se faire réélire avec un capital de confiance inférieur à 45 %. François Mitterrand ne descendit jamais en dessous de 38 % : en 1985, aux deux tiers de son premier mandat. Ne parlons pas de Jacques Chirac, dernier roi fainéant de la dynastie. Au plus bas, il ne tomba jamais en dessous de 30 % : 32 % en novembre 1996. Les grandes grèves de 1995, la reprise des essais nucléaires avaient fait des dégâts. Mais il ne cessa, par la suite, de remonter la pente, cohabitation aidant. C’est, du reste, peut-être à cela que pense Emmanuel Macron… Quant à Nicolas Sarkozy, à quelques jours du premier tour de l’élection de 2012, il était tout de même à 33 % d’opinions favorables.

Alors, Emmanuel Macron a sans doute examiné, comme nous le faisons aujourd’hui, ces pistes bleues, rouges, noires sur lesquelles ont dévalé, avec plus ou moins d’habileté dans le planté de bâton, ses prédécesseurs. À avoir méprisé et avoir trop confiance en lui, il a perdu celle des Français et gagné leur mépris. Et ça, c’est fatal. Comme de faire du hors-piste et de ne pas voir venir l’avalanche. On croyait avoir élu Popeye et c’était Jean-Claude Dusse ? Quand te reverrai-je, pays merveilleux ?

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