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Emmanuel Macron : Président souverainiste ou professeur de grammaire migratoire ?

 

Enfin confronté à la réalité de la gestion, et voyant peut-être que la gesticulation régalienne ne lui avait guère réussi en venant se briser sur l’affaire Villiers, le Président Macron a donné aux Français et à l’Europe, en ce 27 juillet, un visage inattendu. Bien peu en phase avec l’idéologie libérale-libertaire qui l’a porté et qui semble être l’alpha et l’oméga de sa pensée politique, une fois secouée la poussière d’or du Louvre et de Versailles.

Il a, d’une part, autorisé la nationalisation des Chantiers navals de Saint-Nazaire au nom des intérêts stratégiques de la France et il a, d’autre part, profité de son coup diplomatique avec les partis libyens pour obtenir la création de centres de demandes d’asile là-bas. Affaires à suivre …

Dans les deux cas, il a court-circuité l’Union européenne. Et il n’y a que les éditorialistes du Monde pour le déplorer. En un jour, il a tracé une ligne politique forte : celle de la souveraineté nationale. À gauche comme à droite. Sur les sujets économiques comme sur la question identitaire et migratoire. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Et les électeurs sincères de La France insoumise comme de la droite souverainiste devraient en faire autant. Si M. Macron devient le Président capable de fixer enfin ces limites que ses prédécesseurs ont toujours laisser reculer et d’amorcer enfin une reconquête sur ces deux fronts, alors oui, il sera le Président que l’on n’attendait plus.

On pourra toujours ergoter qu’il s’agissait des annonces d’un jour, que cela ne correspond pas à sa campagne ni à son électorat libéral, ouvert et immigrationniste. Mais il y aurait vraiment divine surprise si l’élu d’un tel courant en venait à trahir ces électeurs-là. Après tout, ce serait un juste retour des choses : pas toujours aux mêmes d’être trahis ! Et si, en plus, c’est au nom du bon sens, et de la grandeur de la France, cela vaut bien une trahison.

Certes, le Président n’a pas renié son catéchisme de l’accueil et a fustigé « ceux qui construisent des murs », dans une allusion à ces habitants d’une ville de la banlieue de Tarbes qui ont érigé dix-huit mètres de parpaings pour bloquer l’accès au futur centre d’accueil. Il a joliment expliqué qu’il fallait faire de la pédagogie, et que la distinction entre migrants économiques et demandeurs d’asile était « une grammaire qu’il nous faut expliquer à nos concitoyens ».

Mais nos concitoyens auraient sans doute à lui expliquer une autre grammaire, celle du ras-le-bol, et aussi quelques leçons d’arithmétique qui font que, quand l’immigration se chiffre par centaines de milliers et par millions, les distinguos subtils du professeur de grammaire migratoire deviennent irrecevables. Et que la réalité qu’ils vivent correspond davantage aux théories honnies – et bientôt interdites ? – du Grand Remplacement et de l’islamisation. Mais la force d’une grammaire, c’est sa capacité à appréhender le réel.

Beaucoup de nos concitoyens aimeraient donc que leur Président souverainiste d’un jour de fin juillet aille au bout de son apprentissage de la grammaire de la souveraineté nationale. Et de sa mise en œuvre.

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