Editoriaux - Internet - Médias - 14 novembre 2018

Emmanuel Macron part en guerre contre les activités malicieuses en ligne

Quand on a trôné au centre de 72 chefs d’État ou de gouvernement pendant 24 heures, on a forcément envie de rester encore un peu sur le scène internationale ; alors, dès le 12 novembre, ce fut pour notre Président comme au bistrot : « Garçon, remettez-nous ça sans poser la bouteille… », direction le siège parisien de l’UNESCO pour le lancement de l’« Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace » ! Lequel se donne pour première mission « d’accroître la prévention et la résilience face aux activités malicieuses en ligne ». Comme le regrette un conseiller élyséen, « c’est un espace géré, mais non gouverné », donc absolument insupportable à ses yeux.

On sait que le bloc le plus puissant de l’UNESCO est aujourd’hui constitué des pays islamiques. On ne s’étonnera donc pas, pour appuyer cet appel prophylactique, de trouver des pays aussi démocratiques que l’Albanie, les Émirats arabes unis, le Qatar ou le Maroc. En revanche, les USA, la Russie et la Chine sont apparemment aux abonnés absents de ce projet, que le Quai d’Orsay qualifie béatement de « cyber-hygiène ».

Pour Macron, « Internet est beaucoup mieux utilisé par les extrêmes, les discours de haine ou par la propagation des contenus terroristes […] je crois profondément qu’il faut réguler. » Au moins, c’est franc ; mais assez ingrat, parce que si nos souvenirs sont bons, pour être élu et dézinguer Fillon, Internet ne l’a pas trop mal servi !

Il voudrait donc trouver, pour contrôler Internet, une voie médiane entre la matraque chinoise et le libéralisme californien. Hier, la « troisième voie » entre libéralisme et socialisme était le Graal des politiciens français ; aujourd’hui, c’est le « en même temps » macronien, mais c’est toujours la recherche du feu qui mouille ou de l’eau qui brûle.

Et comme il est classique lors des décisions internationales, la France ne peut s’empêcher d’ajouter son petit plus, son supplément d’âme… Elle annonce, ainsi, la mise en place d’un groupe de travail commun avec Facebook (Google ayant poliment décliné l’invitation), mais qu’avec prudence Mark Zuckerberg a souhaité limiter à une expérience de six mois. Une sage précaution. Il recevra donc dans ses locaux une demi-douzaine d’experts français pour leur montrer ses outils, méthodes et personnels dédiés à la chasse aux contenus racistes, antisémites, homophobes, sexistes, haineux ou offensants sur son réseau. Évidemment, les spécialistes tricolores missionnés seront tous fonctionnaires, dont un issu du CSA, organisme réputé pour sa parfaite objectivité et l’impartialité de la nomination de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions. Pour conclure par des recommandations probablement définies avant de monter dans l’avion, on ne pouvait rêver meilleure garantie.

Espérons que les algorithmes de l’intelligence artificielle peineront encore longtemps à comprendre l’allusif, l’ironique ou le deuxième degré, mais on trouvera certainement chez nous des juges pour les interpréter, à commencer par ceux du Syndicat du mur que vous savez…

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