Editoriaux - Polémiques - Politique - 13 août 2018

Emmanuel Macron mégote

Jupiter mégote : telle est sa politique, en résumé. Il s’agit de trouver de l’argent là où il se trouve, à part que ce n’est plus, comme chez les communistes, dans la poche des riches. Non, ceux-ci, même lorsqu’ils vivent à l’étranger, sont nos « premiers de cordée », nos « héros ». En fait, il faut le trouver dans la masse des classes moyennes et imposables qu’on va pressurer par les deux bouts, en leur offrant moins et en leur demandant plus, et si possible au nom de motifs apparemment honorables tels que la sécurité ou la santé.

Ce faisant s’opère sournoisement un détournement de l’action de l’État qui semble perdre de vue sa fonction essentielle. C’est ainsi que l’État envisage de faire payer sa participation à la sécurité lors de la Féria de Béziers. Cette intention révulse à juste titre le maire de la ville, Robert Ménard. S’il y a, en effet, une mission archi-prioritaire de l’État, c’est bien celle-ci : assurer l’ordre public et la sécurité des citoyens. Ces derniers la financent déjà deux fois par leurs impôts, nationaux et locaux. Il est déjà remarquable, en effet, que de nombreuses communes – celle de Béziers, notamment – aient du pallier l’insuffisance de l’État en créant une police municipale ou en installant des systèmes de vidéo-protection. Il est logique que l’État demande un paiement du service qu’il assure lorsque l’organisateur d’une manifestation qui exige un surcroît de sûreté est une entreprise qui perçoit des rentrées – comme un club sportif, par exemple. En revanche, quand il s’agit d’une collectivité qui entend en retirer un bénéfice indirect, à travers l’activité de ses commerces ou surtout en termes de renommée et de fierté identitaire, c’est évidemment à l’État de faire son devoir en assurant la sécurité de citoyens français sur une partie du sol national, sans chercher à « privatiser » ni le sol ni les citoyens.

On peut faire la même analyse à propos de la limitation de la vitesse sur les routes à deux voies à un maximum de 80 km/h. Apparemment, il s’agit de sauver des vies, et l’on brandit déjà la diminution du nombre des morts sur la route au mois de juillet pour se féliciter de cette mesure. 19 morts de moins par rapport à l’année dernière, soit une baisse de 5,5 %. Mais cette diminution est la tendance de ces derniers mois. Elle était même plus importante en juin, à -9,3 %. En revanche, l’augmentation des automobilistes flashés en juillet est beaucoup plus parlante : 500.000 PV cette année, contre 260.000 en juillet 2017 : le double ! Avec, à chaque fois, pour le conducteur, 68 euros à ajouter à ses impôts et, à la clef, une éventuelle perte de points, voire de permis. C’est ainsi qu’un gros utilisateur de la route, pour des raisons professionnelles, pourra perdre une partie de ses revenus, et son outil de travail en prime, pour avoir collectionné de petits excès de vitesse sans avoir commis le moindre accident.

On pourrait même se plaindre, une fois de plus, d’une certaine préférence étrangère dans ce domaine aussi : qui, à 130 sur autoroute, n’a pas vu arriver dans son rétroviseur un bolide ? Il s’agissait, lorsque par prudence on l’a laissée passer, d’une voiture immatriculée à l’étranger et qui ne subira aucune conséquence de son infraction continue.

Mais le plus grave est ailleurs : tandis que l’État mobilise l’attention du public et des gendarmes sur la vitesse, il se fait plus discret sur les causes plus lourdes des accidents les plus sérieux. Celles-ci sont plus difficiles à contrôler, demandent plus de moyens humains, plus coûteux que les machines, et sont donc d’un rendement financier moindre. C’est l’alcoolisme ou la drogue (en croissance continue), c’est l’entretien des véhicules. C’est le problème prioritaire de la sécurité des deux roues. 97 motards et 29 cyclistes ont été tués en juillet 2018. 28 % des victimes pour moins de 10 % des usagers ! Et l’état du réseau routier, l’absence d’entretien par un État et des collectivités territoriales réduits à faire des économies sur l’essentiel ne sont pas étrangers à ces mauvais chiffres.

Était-ce là la « vision sans programme » promise aux Français ? Le grand projet s’atomise en petits calculs !

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