Editoriaux - Médias - Politique - 9 février 2018

Emmanuel Macron sur « l’île de beauté » : une superproduction bien huilée

La Corse a été, pour M. Macron, l’occasion d’une page exemplaire de communication millimétrée. Ce fut parfait : dignité, émotion, compassion entre Mme Érignac et Mme Colonna.

L’irruption de cette dernière près du Président ne pouvait être fortuite. Elle était un « incident » souhaité et préparé. Il a permis, d’équilibrer la posture présidentielle, entre distance et fermeté d’une part, et ouverture et empathie d’autre part. La mise en scène, comme d’habitude, fidèlement respectée par nos médias a été applaudie : deux tiers des Français ont approuvé l’attitude et les positions affichées par leur Président lors de son déplacement en Corse. Ils ont aimé la fermeté qui flatte leur notion de l’État comme l’absence de fermeture qui donne au détenteur du pouvoir une dimension plus humaine.

Ils n’ont sans doute pas boudé leur plaisir à voir remis à leur place des Corses à leurs yeux déjà dotés de bien des avantages liés à la nature de leur île comme à la fiscalité généreuse octroyée au nom de son insularité. Le style macronien, ce mélange de hauteur et de proximité simulée, vise en particulier un électorat : le centre droit. L’exercice est évidemment facilité par le souvenir des prédécesseurs. Hollande dialoguant à distance avec Leonarda, c’était un sketch qui avait définitivement fait perdre à l’occupant de l’Élysée les habits de sa fonction.

De même, habilement, M. Macron a déçu très volontairement les autonomistes et autres nationalistes corses. Simeoni et Talamoni, sans doute grisés par leur succès électoral et par l’exemple catalan, ont voulu jouer dans la cour des grands et n’ont reçu que le plat de lentilles de la réforme constitutionnelle. L’analyse politique conduit, en effet, à minimiser la victoire du tandem. L’électorat corse est très volatil et la montée des nationalistes n’est en grande partie dans l’île qu’un phénomène identique à celui de LREM sur le continent, une envie profonde de « dégagisme ».

La Corse n’est pas la Catalogne : elle ne représente que 1,5 % du territoire métropolitain et 0,5 % de sa population ; son PIB par habitant est largement en dessous de la moyenne de celui des régions. Il y a moins de Corses que de Niçois. L’importance des dotations et des avantages fiscaux dont l’île bénéficie confirme bien que la Corse a besoin de la France dont elle ne pourrait se séparer qu’à son détriment. L’état participe à 60 % du revenu des ménages insulaires. La Corse jouit d’un statut fiscal dérogatoire.

Les nationalistes veulent donc plus d’autonomie pour aborder peut-être un jour le rivage de l’indépendance que l’île n’a connue que quelques dizaines d’années au XVIIIe siècle. Ce n’est guère réaliste, et c’est pourquoi leurs revendications se font plus politiques et « qualitatives ». Il s’agit d’obtenir la parité officielle de la langue corse avec la langue française, un statut de résident créant une préférence corse pour les natifs de l’île, et le rapprochement des Corses incarcérés sur le continent. Ces demandes sont exorbitantes, sinon ridicules. La langue française a offert une des littératures les plus riches ; elle est parlée dans une grande partie du monde. Le statut de résident crée une discrimination juridique entre Français ; il est inconstitutionnel. Quant au traitement particulier réservé à des criminels de droit commun abusivement qualifiés de prisonniers politiques, il serait moralement scandaleux.

Le seul intérêt des deux premières demandes consiste à souligner combien les Français devraient être honteux de ne pas les formuler pour la France : défendre le français contre la submersion par l’anglais, exiger la préférence nationale pour résister à l’invasion migratoire. Le Président se soucie peu de ces questions, comme il n’a aucun respect pour cet outil de communication qu’est, à ses yeux, la Constitution : il ne donnera rien, si ce n’est le mot « corse » dans notre texte suprême.

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