Editoriaux - Entretiens - Le débat - Médias - 15 avril 2018

Emmanuel Macron face à Plenel et Bourdin : un round remporté d’avance

Ce soir, je suis prêt à sacrifier le match de foot Monaco-PSG pour pouvoir regarder le débat entre, d’un côté, Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin et, de l’autre, le président de la République. C’est dire comme je suis impatient de ce qui nous attend sur un plan civique et médiatique !

Ce sera un combat, une joute passionnante dans tous les cas. Dans cette lutte que le Président mène contre les médias (il ne veut pas se laisser imposer leur rythme et leur superficialité) tout en se servant d’eux quand il l’a décidé, la rencontre entre ces deux journalistes et lui-même sera un round important quoique non décisif. Il aura encore tant d’autres occasions pour s’expliquer et convaincre.

Entre deux rounds ? Plutôt entre une séance d’échauffement et un round.

En effet, le long entretien que le Président a eu avec Jean-Pierre Pernaut, le 12 avril, dans le JT de TF1, s’il a tenu ses promesses, n’a pas mis Emmanuel Macron en difficulté. En roue libre, avec une maîtrise de son argumentation et ses facultés d’empathie poussées à leur comble, il a, questionné par un journaliste demeurant dans son registre, c’est-à-dire dans le bon sens du terme populaire, fait preuve, dans cette belle salle de classe de l’Orne, de ses dispositions préférées : une pédagogie souriante et patiente.

L’exercice a eu ses limites et il est vraisemblable que le Président n’a pas forcément rassuré les retraités ni amoindri leur rancœur quand il les a pris par les sentiments et répété qu’il avait besoin d’eux. L’affection tactique, en l’occurrence, n’a pas forcément créé de la conviction.

Le boxeur présidentiel a fait ses gammes, s’est entraîné, s’est échauffé et, ce soir, il sera fin prêt. Je ne me fais aucun souci pour lui.

Jean-Jacques Bourdin est un puncheur remarquable, très pugnace mais de courte distance. Paradoxalement, il permet au talent qui lui fait face de s’appuyer sur la vigueur du questionnement et de l’exploiter.

Edwy Plenel, pour être un opposant résolu et, sur certains sujets, monomaniaque, est aussi un journaliste qui a peu l’habitude de ces entretiens. Il corrigera, s’il le peut, son défaut qui est de poser des questions interminables qui laissent peu de place à son interlocuteur pour la réponse. Par ailleurs, Plenel, à la fois enrichi et entravé par sa maîtrise du verbe, est souvent conduit à adoucir la violence du fond et, en définitive, la charge est beaucoup moins explosive qu’on pourrait le craindre ou le souhaiter. Enfin, il convient de ne pas oublier – et Mediapart l’a bien compris – que, si Plenel a pour ambition de projeter le Président dans les cordes, ce dernier, en acceptant la confrontation, va banaliser son contradicteur et va faire passer son soufre pour une tranquille et démocratique conversation. Plenel perdra probablement plus dans ce pugilat que le Président, qui ne déteste pas que ses retranchements soient atteints et qui a du répondant.

Je ne sais pas si ces deux entretiens en trois jours résultent d’un dessein machiavélique du Président (L’Obs). En tout cas, ils surviennent dans une période qui ne pouvait lui être plus favorable grâce, paradoxalement, à la médiatisation aigre de François Hollande qui vient de publier son livre Les Leçons du pouvoir. Manifestement il ne les avait pas bien apprises, même si son ouvrage est tout sauf médiocre et ne mérite pas les crachats, la dérision, l’opprobre avec lesquels lui et son auteur ont été traités.

François Hollande n’a pas eu l’intelligence ni la sagesse de se retenir, de demeurer durablement dans une ombre qui, si elle n’est jamais totale pour un ancien Président, aurait dû tout de même le mettre en retrait dans l’espace public et médiatique.

Emmanuel Macron, avant le round de ce dimanche 15 avril, sera porté par cette insigne maladresse de François Hollande. Il aura déjà remporté une victoire avant même d’avoir combattu.

Extrait de : Justice au Singulier

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