Religion

Emmanuel Macron aux catholiques : « Un discours qui restera, mais une extraordinaire offensive de charme »

Prêtre catholique

Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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L’abbé Guillaume de Tanouarn revient sur le discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins.
« Ce discours m’a passionné par la rigueur des termes employés. Ce discours restera mais c’est un discours éminemment politique. C’est un « Je vous ai compris », une extraordinaire offensive de charme envers les catholiques ».
Mais le contenu est simple: « A vous la conviction. A moi la responsabilité. Soyez humbles, reconnaissez votre ignorance, et tout ira bien. Mais l’éthique qui est la mienne fait que je ne vous écouterai pas dans les lois que je vais défendre. »
Ce discours a eu un fort impact médiatique. Mais son coup politique n’est pas si clair que cela.
 »

Qu’avez-vous pensé de ce premier discours du président de la République aux catholiques qui a eu lieu hier soir aux Bernardins devant la conférence des évêques de France?

Ce discours m’a passionné à cause de la rigueur avec laquelle le président Macron utilise les termes qui conviennent pour désigner des réalités qui échappent à la plupart des hommes politiques aujourd’hui.
À ma connaissance, il est le seul à utiliser les termes « spirituel » et « temporel » pour désigner les rapports entre l’Église et l’État. Un homme politique normal parle de politique et de religion. Pour lui, la religion est évidemment indépendante de l’espace public.
De la même façon, Macron n’entend pas laïciser la société, comme il dit. Implicitement, il distingue clairement État et société. Tout cela est très intéressant et nouveau. C’est un discours qui restera.
Il faut ajouter que c’est un discours éminemment politique. Après l’avoir relu à froid, les premiers mots qui me sont montés à l’esprit sont « je vous ai compris ». Par ces mots, le Président fait une extraordinaire offensive de charme auprès des catholiques en montrant qu’il a les mêmes références qu’eux, qu’il a puisé les sources de son humanisme dans des auteurs chrétiens comme Emmanuel Mounier, plusieurs fois cité ou le Père de Lubac ou encore Maurice Clavel. Il cite manifestement toutes ces personnalités avec plaisir. Il y a donc bien une offensive de charme dont le contenu est très simple: « À vous la conviction, à moi la responsabilité ». C’est la fameuse distinction éthique de responsabilité et éthique de conviction. Il nous dit: « Vous pouvez penser ce que vous voulez et c’est d’ailleurs très bien que vous pensiez ce que vous pensez. On ne vous en empêchera pas de le penser même si vous êtes un peu « intempestifs » [c’est le terme qu’il emploie], mais en tout cas nous sommes responsables et c’est nous qui donnons le « la » dans le concret. »

Si j’ai bien compris, le message est : « Parlez et pensez, mais de toute manière c’est moi qui agis et votre opinion ne pèsera pas forcément ».

Et il nous dit aussi : « il faut que vous soyez questionnants ». Il flatte un peu les catholiques en leur parlant de leur sagesse. Quand on regarde en quoi consiste cette sagesse, elle est avant tout faite d’humilité et d’ignorance. Il nous dit :  « Soyez humble, reconnaissez votre ignorance et tout ira bien ».

En fond de tableau, il y avait évidemment toutes les questions liées à la bioéthique et à la famille. A priori, il n’y a pas eu de message du gouvernement sur ces sujets qui devraient continuer à être traités de la même façon.

Absolument. En même temps, comme dirait Macron lui-même, il reconnaît notre combat pour les plus faibles. Il ne parle pas des enfants à naître, mais il en évoque l’idée de façon assez habile. Il ne nous empêche pas de défendre les plus faibles, mais il avance que son éthique de responsabilité induit qu’il ne nous écoutera pas dans les lois qu’il défendra devant l’Assemblée.

Peut-on craindre que les catholiques présents à cette soirée ne se soient laissés prendre par le discours et ne soient des dupes du discours du président ?

Je crois que l’important impact médiatique était forcément attendu. Je vous rappelle que seules 400 personnes étaient reçues à l’intérieur du collège des Bernardins. On s’attendait peut-être à un message quasi familial touchant les élites du catholicisme français et que cela n’aille pas beaucoup au-delà. Il a été tellement lu et relu à la loupe que je ne crois pas qu’on puisse dire que le coup politique de Macron soit si clair et si simple que cela.

Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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