Armées

Emmanuel Macron a voulu faire de l’anti-Hollande, mais il a fait du sous-Hollande

 

Il s’est trouvé, sur Boulevard Voltaire, un contributeur provocateur pour louer l’autoritarisme de Macron et condamner la démarche, pourtant toute de raison, d’honneur et de courage, du général de Villiers. Arguant de principes contestables : l’obéissance aveugle, au nom d’une « raison transcendantale », à ce Président qui serait l’héritier des rois, le dogme de « l’incarnation » qui aurait « toujours fait la France ».

À ces macronistes absolus, il faut répondre, s’ils croient vraiment à leurs fariboles d’Ancien Régime, que ledit Macron agite sous leur nez comme des hochets, qu’il est heureux que le CEMA (chef d’état-major des armées) de 2017 ait été « perverti par les Lumières » et qu’« il croi[e] à une raison personnelle » ! Notre Robin a aussi oublié que la France fut, autant que celui de l’incarnation, le pays de la raison, et cela, bien avant les Lumières, et particulièrement dans la gestion des affaires publiques par les rois et leurs conseillers. Et c’est justement à l’aune de cette raison qu’il faut considérer la crise entre Macron et Villiers, et toujours au nom de cette raison qu’il faut saluer la décision du général et condamner sévèrement l’attitude du Président Macron.

Car, dans cette affaire, on a oublié de replacer les actes des deux protagonistes dans l’histoire récente des rapports entre le pouvoir militaire et l’institution politique et présidentielle. Or, cette crise est l’épilogue du bras de fer constant mais de plus en plus tendu entre Bercy et les armées ces dernières années. Et nos deux hommes étaient déjà aux avant-postes de ce qui se jouait alors. Le Président Macron aurait dû s’en souvenir. Car, en mai 2014, il avait déjà été question de la démission, non seulement du CEMA, mais aussi des trois autres CEM, soutenus par de nombreux officiers généraux, lorsque Bercy était parti à la recherche de 50 milliards. Relisez l’article de Jean-Dominique Merchet, dans L’Opinion.

Et cela se passait avant le début de la vague d’attentats, en janvier 2015… Les inquiétudes budgétaires des CEM ne sont pas nées le 13 juillet 2017. Elles viennent de loin. Et le point de rupture de 2014 est plus que jamais d’actualité. Le général de Villiers a eu le courage de le dire, en 2014 comme en 2017. À temps et à contretemps. Il est entré dans cette grande tradition, bien plus française que celle de l’obéissance aveugle, de la rébellion éclairée.

En faisant fi des mises en garde du CEMA, M. Macron a pensé asseoir une autorité absolue. Et dans le camp Macron, d’après Le Monde, il paraît qu’on se réjouit de ce chef qui s’est payé la tête du CEMA au nom des réductions budgétaires. Laissons aux marcheurs leur culte du chef, ils en deviennent aussi inquiétants, et pathétiques, que lui.

Mais ce qui perce derrière cette stratégie, c’est l’obsession macronienne d’être un anti-Hollande. Lui n’a pas cédé au chef d’état-major, lui va aller au bout des restrictions budgétaires, lui va trancher, pour trancher. Quoi qu’on pense de Hollande, il avait eu l’intelligence politique de voir, en mai 2014, que « le point de rupture » budgétaire, pour nos armées, était atteint. Le ministre Le Drian avait joué son rôle. M. Macron n’a pas eu cette intelligence, ni écouté les bons conseils – s’il y en a eu. C’est inquiétant. À n’avoir pour seule boussole que l’anti-hollandisme, le Président Macron a fait du sous-Hollande. En annonçant à Istres que des crédits pourraient être dégelés, il se livre à un pitoyable rétropédalage. Il pourra nous lancer un énième « en même temps ». Mais le roi est nu, nu dans son autoritarisme inconséquent. Du sous-Hollande, oui.

Deux mois après son élection, il s’est fourvoyé, a brisé un crédit que les militaires, et bien d’autres Français, étaient prêts à lui accorder, et suscite désormais de vastes interrogations sur cet étrange « chef ». Il pourra bien enchaîner les hélitreuillages et les sauts en parachute, disserter sur la fonction royale et multiplier les réceptions dans la galerie des Glaces. Il ne pourra pas empêcher que la France demeure, outre le pays de l’incarnation et de la raison, celui de la révolte populaire. Que le geste de trop d’un monarque arrogant peut déclencher à tout moment.

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